Natofa Rajâl Jân Bîl

Natofa Rajâl Jân Bîl
(chaféite / Madagascar)

Il est né en 1395 H (1976) à Madagascar, dans la ville de « Maïntiouano », au sein d’une famille sunnite chaféite.

Après ses études dans son pays, Natofa a poursuivi ses études universitaires à l’Université islamique de Médine, jusqu’à en être diplômé avec une licence.

Natofa raconte le début de sa recherche sur la nécessité de suivre les Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) : « Nous avions un enseignant à l’École an-Nûr, à “Tananarive” (la capitale de Madagascar), qui ne faisait aucun sermon sans évoquer les mérites des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux), ou sans aborder la question du califat, que ce soit dans le sermon du vendredi ou lors d’autres occasions. J’ai alors compris que ‘Alî ibn Abî Tâlib (que la paix soit sur lui) possédait de nombreuses vertus ; et son amour est entré dans mon cœur d’une manière différente de l’amour que je lui portais auparavant. Mais il me restait alors à vérifier la position du Prince des croyants (que la paix soit sur lui) : a-t-il approuvé la conduite des califes avant lui, ou s’y est-il opposé ?

Et je me disais : si ceux-là étaient dans l’égarement et lui avaient usurpé son droit au califat, pourquoi les a-t-il laissés faire, alors que tous reconnaissent sa bravoure ?! »

Cette interrogation fut le point de départ d’une enquête sur les événements survenus à l’époque du Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille), puis sur la manière dont les califes, leurs proches, et plus largement les sunnites, s’y sont rapportés après lui (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille).

 

L’attitude des salafistes envers le site de Ghadîr Khumm et d’autres monuments islamiques

Parmi les hadiths authentiques et mutawâtir légués par le Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille) aux musulmans figure le Hadith de Ghadîr. Les savants du hadith, dans les différentes écoles musulmanes, ont reconnu que le Messager (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille) l’a prononcé à Ghadîr Khumm.

Dès lors, il incombe aux musulmans d’avoir une relation particulière avec ce hadith : ce qui est mutawâtir et transmis par toute la communauté n’est pas comparable à un hadith isolé (âḥâd), supposé et conjectural, pour lequel les spécialistes pourraient ne pas faire preuve du même enthousiasme dans l’étude, l’explication, la collecte des voies de transmission et des variantes de formulation, etc.

Le Hadith de Ghadîr a été rapporté par plusieurs voies. Parmi elles, celle rapportée de Zayd ibn Arqam : lorsque le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille) revint du Pèlerinage d’adieu et s’arrêta à Ghadîr Khumm, il ordonna de nettoyer l’endroit sous des arbres, puis dit en substance :

« Il se peut que je sois bientôt appelé et que je réponde. Je laisse parmi vous les Deux Poids (ath-thaqalayn) : l’un est plus grand que l’autre : le Livre de Dieu et ma descendance, les gens de ma Maison. Regardez comment vous vous comporterez envers eux après moi ; ils ne se sépareront pas jusqu’à ce qu’ils me rejoignent au Bassin. Puis il dit : Dieu est mon Maître et je suis le maître (walî) de tout croyant. Ensuite il prit la main de ‘Alî et dit : Celui dont je suis le walî, ‘Alî est aussi son walî. Ô Dieu, sois l’allié de celui qui l’allie, et l’ennemi de celui qui l’ennemie. » (1)

Al-Ḥâkim dit dans son Mustadrak : « Ce hadith est authentique selon les critères des deux shaykhs, mais ils ne l’ont pas rapporté dans cette version complète. » (2)

Le texte cite ensuite une parole de l’Imam ‘Alî (que la paix soit sur lui) :
« Personne, dans cette communauté, n’est comparable à la Famille de Muhammad (que la paix soit sur eux), et nul ne peut leur être égal, eux sur qui ont coulé leurs bienfaits. Ils sont le fondement de la religion et la colonne de la certitude… » (3)

Puis il développe l’idée que les Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) sont l’« étalon » : qui veut distinguer sa foi de sa mécréance, son doute de sa certitude, son équité de son injustice, son vrai de son faux, n’a qu’à se mesurer à eux. S’il agit, parle, se comporte et croit comme eux, il est sur la voie droite ; sinon, il doit réviser ses positions et corriger sa trajectoire.

Il cite aussi un passage de la Ziyârat al-Jâmi‘a al-Kabîra :
« Celui qui se détourne de vous est un renégat ; celui qui s’attache à vous vous rejoint ; celui qui manque à vos droits est perdu ; la vérité est avec vous, en vous, de vous et vers vous… » (4)

Le texte affirme que le Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille) les a désignés comme ses légataires, et que le sens du Hadith de Ghadîr va dans ce sens. Il reproche ensuite à certains de « passer rapidement » sur ces textes, voire d’en détourner le sens, par crainte d’impliquer certains Compagnons dans l’erreur, ce qui mènerait à une altération du sens voulu.

Il propose qu’on puisse à la fois authentifier les hadiths et reconnaître l’intention prophétique, tout en considérant que la non-application d’un ordre prophétique n’implique pas nécessairement la mécréance, puisque, dit-il, il y eut d’autres injonctions prophétiques non respectées (ne pas se combattre, ne pas se disputer le monde, etc.).

Le texte critique ensuite l’exagération autour de certains récits, comme ceux de « l’annonce du Paradis », et rapporte des exemples de souhaits ou de regrets attribués à certains Compagnons, en concluant qu’il n’y a pas lieu d’entretenir des constructions de glorification excessive.

 

Effacement des traces historiques et rupture avec la mémoire islamique

Selon le texte, les pouvoirs qui ont gouverné les musulmans — de Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân jusqu’à l’époque de Hulâgû — ont été hostiles aux Ahl al-Bayt. Il affirme que Mu‘âwiya n’a pas permis la célébration de Ghadîr et qu’il a ordonné qu’on maudisse « Abû Turâb » depuis les chaires, au point que cela aurait été perçu au Shâm comme faisant partie de la religion. Il ajoute que ce que firent ensuite les Abbassides aux Ahl al-Bayt ne fut pas moins brutal.

Le texte évoque ensuite une parole attribuée à al-Aṣma‘î : « Nul n’est né à Ghadîr Khumm et n’a vécu jusqu’à la puberté sans quitter cet endroit. » (6) — puis la réfute, en disant que Ghadîr Khumm n’était pas un lieu habité permettant une telle observation, et en soulignant que Ghadîr est au contraire un lieu béni, lié à une recommandation majeure du Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille). Le texte associe Ghadîr à la révélation du verset :
﴿أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِي وَرَضِيتُ لَكُمُ الأسْلاَمَ دِيناً﴾ (7)

Il élargit ensuite l’argument : la crainte du legs du Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille), de sa Famille et de ses proches choisis, ne se limiterait pas à Ghadîr ; elle se manifesterait aussi par la disparition ou la non-mise en valeur de certains lieux historiques : lieu de naissance du Prophète, maison où il vécut avec Khadîja, le passage où furent assiégés les Banû Hâshim, etc., et par l’idée que certaines visites seraient assimilées à du polythéisme, ce qui empêcherait les musulmans de connaître leur histoire.

Le texte rapporte enfin divers exemples de dureté envers les symboles prophétiques, et conclut que l’on devrait au contraire faire connaître aux musulmans tout lieu où se tint le Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille), les Ahl al-Bayt ou leurs compagnons, et notamment le lieu de Ghadîr, car si la communauté avait suivi les injonctions de ce jour-là, sa condition aurait été autre.

 

La découverte de certaines réalités conduit au suivi de la vérité

Le fait d’observer la manière dont certains salafistes considèrent les sites islamiques liés au Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille) et aux Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) — en particulier pour celui qui a visité les Deux Sanctuaires — pousse le chercheur à s’interroger sur les raisons de l’abandon de beaucoup de ces lieux, voire de la destruction de certains d’entre eux.

Selon le texte, l’objectif serait de couper le lien des musulmans avec leur passé lié à la Sîra du Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille) et aux Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux), afin d’élever le rang de certains dont l’histoire n’aurait pas retenu de visage honorable à l’époque prophétique.

Mais, ajoute-t-il, celui qui recherche par preuve et argument ne se laisse pas influencer par de telles pratiques — comme Natofa, dont la recherche l’a conduit à reconnaître la supériorité du Prince des croyants (que la paix soit sur lui) sur d’autres Compagnons.

Natofa dit : « Après avoir pris connaissance de son droit (que la paix soit sur lui) au califat et à l’imamat après le Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille), j’ai été guidé (istibṣâr), et j’ai embrassé le madhhab des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux). Cela eut lieu avant l’an 1425 H, dans la ville de Tananarive, capitale de Madagascar. »

Références (telles que citées dans le texte)

  1. Faḍâ’il aṣ-Ṣaḥâba d’Aḥmad ibn Ḥanbal : 15 ; Sunan at-Tirmidhî 5:329.
  2. Al-Mustadrak ‘alâ aṣ-Ṣaḥîḥayn 3:109.
  3. Nahj al-Balâgha 1:30, sermon n°2.
  4. Man lâ yaḥḍuruhu al-Faqîh 2:612.
  5. Asad al-Ghâba 3:86.
  6. Lisân al-‘Arab 8:379.
  7. Al-Mâ’ida (5), v. 3.