Moulay Touré
Moulay Touré (malékite / Mali)

Né dans la ville de Sikasso en République du Mali en 1391 H (1972), il a poursuivi ses études académiques jusqu’à l’obtention du diplôme de fin d’études secondaires. Il a également étudié dans des écoles malékites dont il est sorti diplômé en tant qu’imam et prédicateur. Il a exercé ces fonctions dans sa ville natale et a travaillé comme enseignant du Coran et des doctrines malékites auprès des enfants dans certaines écoles primaires.
« Moulay » était un lecteur assidu. Après avoir achevé ses études dans sa ville, il se rendit dans la capitale où il intégra l’école Al-Hilal, affiliée au Royaume d’Arabie saoudite. Parallèlement, il fréquentait le soir l’un des centres culturels chiites.
Ainsi, « Moulay » poursuivit ses lectures et entreprit de comparer ce qu’il apprenait le matin à l’institut avec ce qu’il découvrait le soir au centre chiite.
La transcendance divine et la négation de la corporéité
Parmi les questions qu’il convient de comparer entre les visions chiite et sunnite — en particulier chez les sunnites connus aujourd’hui sous l’appellation de salafistes — figure celle de l’attribution de la corporéité à Dieu, exalté soit-Il.
Il existe, à cet égard, deux orientations fondamentales :
La première orientation repose sur l’affirmation que Dieu, Très-Haut, n’est pas un corps, qu’Il n’a ni lieu, ni étendue, ni direction, qu’Il n’est pas désigné par une indication sensible, et qu’Il n’est pas sujet au mouvement ou à la descente à l’instar des créatures.
La seconde orientation soutient que Dieu, exalté soit-Il, possède un corps, un lieu, une étendue et une direction, qu’Il peut être désigné par une indication sensible, et qu’Il a un mouvement et une descente comparables, dans leur principe, à ceux des créatures. Toutefois, en raison du caractère explicite du verset coranique :
﴿ Laysa ka-mithlihi shay’ ﴾ — Rien ne Lui ressemble (1),
ils ont été contraints de dire : un corps, mais non semblable aux corps ; une main, mais non semblable aux mains ; un mouvement, mais non semblable aux mouvements ; un déplacement, mais non semblable aux déplacements.
Ce sont là ceux que l’on désigne aujourd’hui sous les appellations de « salafisme » et de « wahhabisme », disciples d’Ibn Taymiyya. La consultation de leurs propos met clairement en lumière cette réalité.
- Ad-Dârimî a dit :
« On te dira : tu n’as laissé aucune limite dans la négation de l’établissement de Dieu sur le Trône et de Son élévation vers le ciel, lorsque tu dis : nous ne disons pas qu’Il est sur le Trône et dans le ciel selon une localisation précise. Celui qui ne reconnaît pas que son Dieu est au-dessus de Son Trône, au-dessus de Ses cieux, n’adore en réalité qu’un autre que Dieu ; et celui qui oriente son adoration vers un dieu situé sur la terre est semblable à un idolâtre, car le Tout-Miséricordieux est sur le Trône, tandis que les idoles sont sur la terre. » (2)
Ainsi, selon cette seconde orientation, le musulman doit croire que Dieu est situé dans le ciel, qu’Il y est établi et ne descend pas sur la terre, et que la « supériorité » est ici spatiale et non une domination existentielle. Il faut donc, en premier lieu, Le délimiter et Lui assigner un lieu. À défaut, cette croyance serait assimilée à l’adoration des idoles.
Or, il est évident que sur le globe terrestre certains êtres humains vivent dans une région donnée, tandis que d’autres vivent dans la région opposée. Où serait donc Dieu ? Dans ce ciel-ci ou dans cet autre ciel ?!
- Ibn Taymiyya a déclaré :
« Quant à la négation, vous avez nié de Dieu — exalté soit-Il — des choses que ni le Livre, ni la Sunna, ni aucun des imams des musulmans n’ont exprimées, et même la raison, lorsqu’on l’examine avec rigueur, ne l’exige pas. Vous avez prétendu que la raison les niait ; ainsi, vous avez contredit la Loi par l’innovation, contredit les intelligences saines, et affirmé qu’Il n’est ni corps ni substance. » (3)
Il polémique ainsi contre les tenants de la première orientation, qui soutiennent que Dieu n’est ni un corps ni doté d’une direction, et qu’Il ne peut être désigné par une indication sensible. Il réfute leur position par plusieurs arguments :
- Premièrement : ce discours n’est attesté ni dans le Livre de Dieu, ni dans la Sunna de Son Messager, ni dans les propos d’un imam des musulmans.
- Deuxièmement : selon lui, la raison, lorsqu’elle est examinée en profondeur, n’exige nullement la négation de la corporéité à l’égard de Dieu ; elle considère au contraire qu’Il pourrait être un corps sans que cela pose problème.
- Troisièmement : en niant la corporéité, vous tombez dans l’innovation ; car en niant la corporéité, la substance, l’extension, la direction, l’indication sensible, le lieu, la position et la forme, vous devenez des innovateurs.
- Quatrièmement : vous contredisez les intelligences saines en affirmant que Dieu n’est ni corps ni substance.
On répond à Ibn Taymiyya que si Dieu était un corps, Il ne pourrait être ici et là simultanément. Or le Coran affirme explicitement :
﴿ Wa-idhâ sa’alaka ‘ibâdî ‘annî fa-innî qarîb, ujîbu da‘wata ad-dâ‘i idhâ da‘ân ﴾ — Et lorsque Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, Je suis certes proche : Je réponds à l’invocation de celui qui M’invoque (4).
Comment pourrait-Il être proche de l’invocation de deux personnes éloignées l’une de l’autre, s’Il était un corps ? Il est donc clair que cette proximité ne signifie pas une proximité spatiale, mais une science englobante — ce qui relève de l’interprétation (ta’wîl), interprétation qu’ils refusent pourtant.
- Ibn al-Qayyim al-Jawziyya affirme :
« Ils disent : nous Le déclarons exempt des accidents, des finalités, des parties, des limites, des directions et de la survenue des événements. L’ignorant naïf entend ces termes et imagine qu’ils exaltent Dieu en Le purifiant de ce que ces expressions évoquent, lorsqu’elles sont prises de manière absolue, comme les défauts, les imperfections et le besoin. Il ne doute donc pas qu’ils Le glorifient et L’exaltent. Mais le critique perspicace dévoile ce qui se cache derrière ces termes et y découvre l’impiété, la négation des messagers et la négation de ce qui revient de droit au Seigneur en matière de perfection. Car Le déclarer exempt des accidents revient à nier Ses attributs, tels que l’ouïe, la vue et la vie… » (5)
Ainsi, selon lui, celui qui croit que Dieu n’est pas sujet aux événements, qu’Il n’a ni parties, ni limites, ni directions — droite, gauche, nord, sud, est, ouest, haut, bas, descente ou ascension — serait un « naïf trompé ». Et celui qui déclare Dieu exempt de corporéité Le priverait de Sa perfection ; dire que Dieu n’est pas le support des accidents reviendrait à nier Ses attributs. Il faudrait donc, selon cette vision, croire aux accidents, aux limites et aux directions.
L’équité et la justice appellent à suivre la vérité
Après avoir pris connaissance des doctrines professées par les adversaires des chiites sur diverses questions, et les avoir comparées aux croyances des chiites de l’École des Gens de la Maison (Ahl al-Bayt), « Moulay » reconnut la vérité et le monothéisme authentique. Il décida alors de suivre l’École des Gens de la Maison (paix sur eux), annonça sa conversion et son changement d’appartenance doctrinale. Cela eut lieu en l’an 1411 H (1991) dans la capitale du Mali, Bamako.
Notes
- Sourate ach-Chourâ (42), verset 11.
- Naqd al-Imâm ad-Dârimî ‘Uthmân ibn Sa‘îd ‘alâ Bishr al-Marîsî al-‘anîd, vol. 1, p. 488.
- Bayân Talbîs al-Jahmiyya, vol. 3, p. 44.
- Sourate al-Baqarah (2), verset 186.
- As-Sawâ‘iq al-Mursala ‘alâ al-Jahmiyya wa-l-Mu‘aṭṭila, vol. 3, p. 934.
Avr 26 2026
Moulay Touré
Moulay Touré
Moulay Touré (malékite / Mali)
Né dans la ville de Sikasso en République du Mali en 1391 H (1972), il a poursuivi ses études académiques jusqu’à l’obtention du diplôme de fin d’études secondaires. Il a également étudié dans des écoles malékites dont il est sorti diplômé en tant qu’imam et prédicateur. Il a exercé ces fonctions dans sa ville natale et a travaillé comme enseignant du Coran et des doctrines malékites auprès des enfants dans certaines écoles primaires.
« Moulay » était un lecteur assidu. Après avoir achevé ses études dans sa ville, il se rendit dans la capitale où il intégra l’école Al-Hilal, affiliée au Royaume d’Arabie saoudite. Parallèlement, il fréquentait le soir l’un des centres culturels chiites.
Ainsi, « Moulay » poursuivit ses lectures et entreprit de comparer ce qu’il apprenait le matin à l’institut avec ce qu’il découvrait le soir au centre chiite.
La transcendance divine et la négation de la corporéité
Parmi les questions qu’il convient de comparer entre les visions chiite et sunnite — en particulier chez les sunnites connus aujourd’hui sous l’appellation de salafistes — figure celle de l’attribution de la corporéité à Dieu, exalté soit-Il.
Il existe, à cet égard, deux orientations fondamentales :
La première orientation repose sur l’affirmation que Dieu, Très-Haut, n’est pas un corps, qu’Il n’a ni lieu, ni étendue, ni direction, qu’Il n’est pas désigné par une indication sensible, et qu’Il n’est pas sujet au mouvement ou à la descente à l’instar des créatures.
La seconde orientation soutient que Dieu, exalté soit-Il, possède un corps, un lieu, une étendue et une direction, qu’Il peut être désigné par une indication sensible, et qu’Il a un mouvement et une descente comparables, dans leur principe, à ceux des créatures. Toutefois, en raison du caractère explicite du verset coranique :
﴿ Laysa ka-mithlihi shay’ ﴾ — Rien ne Lui ressemble (1),
ils ont été contraints de dire : un corps, mais non semblable aux corps ; une main, mais non semblable aux mains ; un mouvement, mais non semblable aux mouvements ; un déplacement, mais non semblable aux déplacements.
Ce sont là ceux que l’on désigne aujourd’hui sous les appellations de « salafisme » et de « wahhabisme », disciples d’Ibn Taymiyya. La consultation de leurs propos met clairement en lumière cette réalité.
« On te dira : tu n’as laissé aucune limite dans la négation de l’établissement de Dieu sur le Trône et de Son élévation vers le ciel, lorsque tu dis : nous ne disons pas qu’Il est sur le Trône et dans le ciel selon une localisation précise. Celui qui ne reconnaît pas que son Dieu est au-dessus de Son Trône, au-dessus de Ses cieux, n’adore en réalité qu’un autre que Dieu ; et celui qui oriente son adoration vers un dieu situé sur la terre est semblable à un idolâtre, car le Tout-Miséricordieux est sur le Trône, tandis que les idoles sont sur la terre. » (2)
Ainsi, selon cette seconde orientation, le musulman doit croire que Dieu est situé dans le ciel, qu’Il y est établi et ne descend pas sur la terre, et que la « supériorité » est ici spatiale et non une domination existentielle. Il faut donc, en premier lieu, Le délimiter et Lui assigner un lieu. À défaut, cette croyance serait assimilée à l’adoration des idoles.
Or, il est évident que sur le globe terrestre certains êtres humains vivent dans une région donnée, tandis que d’autres vivent dans la région opposée. Où serait donc Dieu ? Dans ce ciel-ci ou dans cet autre ciel ?!
« Quant à la négation, vous avez nié de Dieu — exalté soit-Il — des choses que ni le Livre, ni la Sunna, ni aucun des imams des musulmans n’ont exprimées, et même la raison, lorsqu’on l’examine avec rigueur, ne l’exige pas. Vous avez prétendu que la raison les niait ; ainsi, vous avez contredit la Loi par l’innovation, contredit les intelligences saines, et affirmé qu’Il n’est ni corps ni substance. » (3)
Il polémique ainsi contre les tenants de la première orientation, qui soutiennent que Dieu n’est ni un corps ni doté d’une direction, et qu’Il ne peut être désigné par une indication sensible. Il réfute leur position par plusieurs arguments :
On répond à Ibn Taymiyya que si Dieu était un corps, Il ne pourrait être ici et là simultanément. Or le Coran affirme explicitement :
﴿ Wa-idhâ sa’alaka ‘ibâdî ‘annî fa-innî qarîb, ujîbu da‘wata ad-dâ‘i idhâ da‘ân ﴾ — Et lorsque Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, Je suis certes proche : Je réponds à l’invocation de celui qui M’invoque (4).
Comment pourrait-Il être proche de l’invocation de deux personnes éloignées l’une de l’autre, s’Il était un corps ? Il est donc clair que cette proximité ne signifie pas une proximité spatiale, mais une science englobante — ce qui relève de l’interprétation (ta’wîl), interprétation qu’ils refusent pourtant.
« Ils disent : nous Le déclarons exempt des accidents, des finalités, des parties, des limites, des directions et de la survenue des événements. L’ignorant naïf entend ces termes et imagine qu’ils exaltent Dieu en Le purifiant de ce que ces expressions évoquent, lorsqu’elles sont prises de manière absolue, comme les défauts, les imperfections et le besoin. Il ne doute donc pas qu’ils Le glorifient et L’exaltent. Mais le critique perspicace dévoile ce qui se cache derrière ces termes et y découvre l’impiété, la négation des messagers et la négation de ce qui revient de droit au Seigneur en matière de perfection. Car Le déclarer exempt des accidents revient à nier Ses attributs, tels que l’ouïe, la vue et la vie… » (5)
Ainsi, selon lui, celui qui croit que Dieu n’est pas sujet aux événements, qu’Il n’a ni parties, ni limites, ni directions — droite, gauche, nord, sud, est, ouest, haut, bas, descente ou ascension — serait un « naïf trompé ». Et celui qui déclare Dieu exempt de corporéité Le priverait de Sa perfection ; dire que Dieu n’est pas le support des accidents reviendrait à nier Ses attributs. Il faudrait donc, selon cette vision, croire aux accidents, aux limites et aux directions.
L’équité et la justice appellent à suivre la vérité
Après avoir pris connaissance des doctrines professées par les adversaires des chiites sur diverses questions, et les avoir comparées aux croyances des chiites de l’École des Gens de la Maison (Ahl al-Bayt), « Moulay » reconnut la vérité et le monothéisme authentique. Il décida alors de suivre l’École des Gens de la Maison (paix sur eux), annonça sa conversion et son changement d’appartenance doctrinale. Cela eut lieu en l’an 1411 H (1991) dans la capitale du Mali, Bamako.
Notes
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