POURQUOI LES CHIITES REGROUPENT-ILS LES PRIERES DE ZUHR ET ASR ET DE MAGHRIB ET ICHA

Nawab : Pourquoi les prières sont-elles combinées, le Zuhr et l’Asr puis le Maghrib et l’Icha ? Ceci est loin d’être une pratique du Saint Prophète (SAW) !

Shirazi : En premier lieu, parmi vos propres savants, les avis sont très partagés sur la question. Deuxièmement, vous dites que nous allons à l’encontre de la pratique du Prophète (SAW). Vous vous vous méprenez là : le Prophète (SAW) priait des deux manières, parfois séparément, parfois ensemble !

Nawab : (Se tournant vers l’autre savant), est-ce vrai que le Prophète (SAW) accomplissait les prières de deux manières ?

Hafiz : Certes, mais seulement lorsqu’il était en voyage ou en cas de difficulté, comme la pluie. Autrement, dans sa ville, à la maison, il a toujours accompli ses prières séparément.

 

Shirazi : Selon vos propres hadices, le Prophète (SAW) avait l’habitude de prier chez lui en combinant Zuhr et Asr puis Maghrib et Icha , sans qu’il y ait quelque difficulté.

 

Muslim ibn Hajjaj dans son Sahih, dans le chapitre intitulé  » Jam’a Baina’s-salatain fi’l-Hazar,  » rapporte d’Ibn Abbas :  » Le prophète avait l’habitude de prier conjointement les prières de Zuhr et de Asr ainsi que celles de Maghrib et de Icha en l’absence de toute contrainte alors qu’il était chez lui.  »

 

Ibn Abbas raconte :  » nous accomplissions huit rak’ats, celles de Zuhr et d’Asr et plus tard sept rak’ats : Maghrib et Icha avec le Prophète.  »  »

 

Ces mêmes hadices ont été exposés par l’Imam Ahmad ibn Hanbal dans son Musnad, partie 1, à la page 221. De même, l’Imam Muslim cite un certain nombre de hadices à ce sujet dans son Sahih . Il cite d’Abdullah ibn Shaqiqas qu’un jour, Abdullah ibn Abbas était en train de lire après la prière d’Asr. A la tombée du jour et alors que les étoiles étaient déjà visibles, il entendit les gens crier :  » Prières, prières !  » mais Ibn Abbas ne leur prêta aucune attention. Puis, un des Bani Tamimi hurla :

 

 » Prières, prières !  » Ibn Abbas leur répondit alors :  » Vous voulez me rappeler la Sunna du Prophète alors que j’ai moi-même vu le Prophète réunir les prières de Zuhr et d’Asr ainsi que celles de Maghrib et d’Icha.  » Abdulhah ibn Shaqiq dit qu’il n’était pas convaincu par ces propos et interrogea Abu Huraira à ce sujet.

 

Suite à une autre chaîne de transmission, ibn Shaqiq raconte d’Aqil l’anecdote suivante : alors qu’Abdullah ibn Abbas discourait de son pupitreà l’attention d’un public, l’obscurité s’installa. Quelqu’un se mit à crier par trois fois :  » Prière, la prière, la prière « . Abdulhah ibn Abbas en fut perturbé et répondit :  » Qui êtes vous ? Vous osez me rappeler la prière, alors que du temps du Prophète, nous avions l’habitude de réunir les prières de Zuhr avec celle d’Asr, et celle de Maghrib avecl’ Icha.  »

 

Zarqani dans son Sharhe Mawatta de l’Imam Malik, partie 1, dans le chapitre  » Jama’a Baina’s-Salatain,  » p. 263, raconte :  » Nisa’i rapporte de Amru ibn Haram qui rapporte d’Abi Sha’atha qu’Ibn Abbas accomplissait conjointement les prières de Zuhr et d’Asr comme celles d’ Maghrib et dIcha à Bassora sans interruption, ni pause entre elles. Il disait que le Prophète (SAW) faisait de même.  »

 

De même, Muslim dans le Sahih et Malikin Mawatta, au chapitre  » Jam’a Baina’s-salatain  » et ImamHanbal dans Musnad citent Ibn Abbas par le biais de Sa’id ibn Jabir que le Prophète réunissait les prières de Zuhr et d’Asr à Médine sans être contraint de le faire par crainte ou par mauvais temps. Abu Zubair demanda à Abu Sa’id pourquoi le Prophète réunissait les deux prières. Sa’id dit qu’il posa la même question à Ibn Abbas qui lui répondit que l’envoyé réunissait les deux prières pour préserver ses adeptes de toute difficulté ou souffrance.

 

Il y a plusieurs d’autres hadices où l’on rapporte d’Ibn Abbas qu’il avait vu le Prophète de l’Islam (SAW) assembler les prières de Zuhr et d’Asr aussi bien que les prières de Maghrib et d’Icha sans être contraint de le faire. Ces hadices de vos Sahih ainsi que dans beaucoup d’autres ouvrages authentiques prouvent qu’il est permis d’associer les prières par deux, aussi bien chez soi qu’en voyage.

 

Hafiz : Mais, il n’y a aucun hadice de cette sorte dans le Sahih de Bukhari.

 

Shirazi : Puisque tous les compilateurs de Sahih, comme Muslim, Nisa’i, l’Imam Ahmad ibn Hanbal exposent avec d’autres grands savants de l’école sunnite des hadices autorisant la coordination des prières du Zuhr et d’Asr puis celles de Maghrib et d’Icha, il n’est pas besoin de plus pour prouver la légitimité de cette pratique. En fait, Bukhari aussi a retenu ces hadices dans son Sahih mais il les a placés de manière fourbe dans une autre partie que celle concernant l’association des deux prières.

 

Vous trouverez tous ces hadices dans les chapitres intitulés  » le moment d’accomplir la prière de Zuhr lorsque le soleil commence à pencher vers l’ouest  » et  » le fait de retarder la prière de Zuhr jusqu’au début de celle d’Asr  » et  » le moment d’accomplir la prière d’Asr « .

 

En rapportant ces hadices sous le titre  » Permission et Autorisation de rassembler les deux prières  » prouve qu’il s’agit d’un fait reconnu par les deux écoles. L’authenticité de ces hadices a déjà été admise dans les ouvrages de Sahih. En conséquence, Allama Nuri dans Sharhe Sahih Muslim, Asqalani, Qastalani, Zakariyya-e-Razi, dans leur analyse de Sahih Bukhari, Zarqani dans son analyse de Mawatta de l’Imam Malik et d’autres ont rapporté ces hadices. Après avoir cité le hadice d’Ibn Abbas, ils ont reconnu leur authenticité ainsi que le fait que ces hadices prouvent qu’il est permis de combiner les prières.

 

Nawab : Comment est-ce possible que les érudits aient adopté une autre voie alors que ces hadices étaient déjà en pratique depuis l’époque du Prophète (SAW) ?

 

Shirazi : Le choix d’une voie différente ne se confine pas qu’à ce sujet. Vous verrez beaucoup plus d’exemples similaires plus tard. A ce sujet, les savants sunnites en jurisprudence, manquant apparement de sérieux ou pour d’autres raisons que je ne comprends pas, ont fourni des explications incompréhensibles contredisant ces hadices. Par exemple, ils disent que ces hadices se réfèrent peut-être à des situations impliquant la crainte, le danger, la pluie ou le vent. Certains de vos savants plus anciens, comme l’Imam Malik, l’Imam Shafi’i et d’autres juristes de Médine ont donné la même explication – ceci, malgré le fait que les hadices d’ibn Abbas indiquent clairement que le Prophète (SAW) réunissait les prières de Zuhr et d’Asr, et celles de Maghrib et d’Icha sans qu’il y ait de contrainte, ni par crainte, ni dans l’éventualité qu’il pleuve.

 

D’autres ont imaginé que le ciel était sans doute couvert, c’est pourquoi ils ne pouvaient pas évaluer le temps. Peut-être qu’en ayant fini leur prière de Zuhr , les nuages s’étaient dispersés et ils avaient réalisé alors que c’était le moment de faire la prière d’Asr. Ainsi ils ont dû enchaîner la prière de Zuhr avec celle d’Asr. Je ne peux pas m’imaginer une explication plus improbable. Ces interprètes ne se sont sans doute pas interrogés sur le fait que ces prières étaient accomplies par le Saint Prophète de l’Islam (SAW) . Les nuages n’ont pas la même signification pour lui que pour les autres. Il comprenait tous les causes et effets. Outre que cette explication n’est pas convaincante, elle est tout simplement irrecevable quant à la raison pour laquelle les prières du soir étaient reliées, elles, puisque la question des nuagesne se posent pas la nuit.

 

Comme nous l’avons dit : Le hadice d’Ibn Abbas raconte clairement que son discours dura si longtemps que son auditoire se mit à crier sans cesse :  » prière, prière !  » Il lui rappela en fait qu’on apercevait les étoiles et qu’il était l’heure de prier. Mais il retarda délibérément la prière de Maghrib pour pouvoir l’accomplir avec celle d’Icha. Abu Huraira avait également certifié que le Prophète (SAW) faisait de même.De telles explications fallacieuses censées vous guider sont regrettables. Votre propres érudits les rejettent.

 

Sheikhu’l-Islam Ansari dans son Tuhfatu’l-Bari fiShahre Sahibul -Bukhari dans le chapitre  » Salatu’z-zuhr ma’l-Asrwa’l-Maghrib ma’al Icha « , à la page 292, partie II et pareillement Allama Qastalani, à la page 293, partie II d’Irshadu’s-Sari fi Sharhe Sahihu’l-Bukhari, ainsi que d’autres interprètes de Sahih Bukhari admettent que ce genre d’explications va à l’encontre du sens évident des hadices et qu’insister sur le fait que chaque prière doit être faite séparément est une exigence sans fondement.

 

Nawab : Comment cette controverse a t-il affecté les deux écoles (sunnite et chiite) au point de se condamner mutuellement en versant le sang des uns des autres ?

 

Shirazi : Vous dites qu’il existe une hostilité réciproque entre les deux écoles musulmanes, mais je ne suis pas d’accord. Nous, les chiites regardons avec respect nos frères sunnites. Nous regrettons la propagande des Kharidjites, des Nasibites et des Umayyades qui ont affecté la vie de certains. Malheureusement, certains Sunnites considèrent leurs les frères Chiites comme des Rafizis (dissidents), des idolêtres et des infidèles alors que tout comme eux, nous prions vers le même Qibla (Ka’ba), lisons le même livre, le Saint (Coran) et croyons au même Prophète (que la paix et les prières soient sur lui et sur sa famille). Quant à votre question concernant l’origine de cette différence, peut-être en discuterons-nous lors de futures réunions. En ce qui concerne les prières faites séparément ou combinées, des érudits sunnites ont retenu les hadices permettant de rassembler la prière de Zuhr avec celle d’Asr et celle de Maghrib avec celle d’Icha pour plus de facilité, de confort et de sécurité. Je ne sais pas pourquoi certains considèrent cela interdit en absence de contrainte. Certaines autorités comme l’Imam Abu Hanifa et ses adhérents l’interdisent en toutes circonstances, qu’il y ait une contrainte ou pas, que les prières soient accomplies en voyage ou chez soi.

 

Les Shafi’ites, les Malikites et les Hanbalites, avec toutes les différences de principe qui les séparent, autorisent la réunion de prières lors d’un voyage de nécessité.

 

Les ulémas chiites, conformément au Saint Imam et sa progéniture (SAW) ont permis de les accomplir ensemble sans aucune réserve.

Bien sûr, il est préférable d’accomplir chacune de ses prières séparément, ainsi qu’il est clairement précisé dans les ouvrages écrits par les ulémas chiites. Mais, puisque les gens sont souvent occupés à leurs propres affaires, qu’ils ont des problèmes de santé, ils craignent de manquer leurs prières. Par conséquent, pour leur propre confort et pour éviter toute difficulté et souffrance, les chiites réunissent les deux prières dans un intervalle de temps regroupant les horaires des deux prières. Maintenant je pense que ceci est suffisant pour éclairer nos frères sunnites qui nous regardent avec indignation.

Tiré du livre : LES NUITS DE PISHAWAR