Muhammad Ibrâhîm al-Ḥusaynî

Muhammad Ibrâhîm al-Ḥusaynî
(shaféite – Égypte)

Il est né en 1400 H (1980) en République arabe d’Égypte, au sein d’une famille sunnite de rite shaféite, et a poursuivi ses études jusqu’à l’obtention d’un diplôme en industrie.

Au début de sa formation et de son développement intellectuel, Muhammad découvrit un programme de discussion sur Internet. À force de le fréquenter, il sentit qu’il commençait à être influencé par l’atmosphère qui y régnait. Il y voyait notamment des attaques virulentes contre la religion islamique et la propagation de doutes à son sujet par des milieux chrétiens.

Il estimait que les auteurs de ces attaques ne cherchaient pas, la plupart du temps, à faire changer au chercheur d’appartenance religieuse, mais visaient plutôt à troubler son esprit et à l’éloigner de sa religion, afin qu’il demeure prisonnier d’un cercle de confusion sans issue.

Muhammad raconte :
« En entrant dans l’une des salles chrétiennes du programme, j’ai entendu des récits dont je n’avais jamais entendu parler auparavant : tels que les traditions sur “l’allaitement de l’adulte”, des récits où des Compagnons s’accusent mutuellement en affirmant que telle sourate était plus courte, à l’époque de la Révélation, ou au contraire plus longue ; des récits disant que le Messager (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille) aurait tenté de se suicider à plusieurs reprises, qu’il aurait été sujet à l’oubli au point de ne plus savoir ce qu’il avait accompli dans la prière, qu’il se serait prosterné devant “les sublimes gharânîq” lorsqu’elles furent mentionnées… et d’autres choses que ma langue se refuse à rapporter.

J’ai été bouleversé en entendant cela, et cela m’a poussé à me demander : est-ce possible que ce soit là la religion par laquelle j’adore Dieu ? Est-ce là mon Messager que je suis ? D’autant plus que tout ce qu’ils mentionnaient provenait de livres sunnites reconnus et considérés comme authentiques.

Lorsque j’ai ouvert Sahîh al-Bukhârî et Sahîh Muslim, j’y ai trouvé des choses encore plus surprenantes que ces récits. Je me suis alors demandé : comment se fait-il que, musulman depuis vingt-trois ans, je n’aie pas prêté attention à de telles questions, au point de ne les découvrir que par des ennemis de ma religion ? »

Tout cela incita Muhammad à élargir ses horizons intellectuels et à étudier l’islam à travers une vision juste, non entachée de fanatisme aveugle. Il commença donc à fréquenter les salles chiites de ce programme afin d’étudier leurs fondements doctrinaux à partir de ce qu’ils disent eux-mêmes, et non de ce que leurs adversaires prétendent à leur sujet.

La première chose qu’il y vécut fut l’écoute d’une conférence d’un savant chiite au sujet de l’événement d’al-Ṭaff (Karbala) et du martyre du petit-fils du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille). Il ne put retenir ses larmes. Puis il demanda qu’on lui explique qui sont les chiites et ce qu’est le chiisme ; l’un des adeptes de l’école des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) entreprit alors de lui présenter cette doctrine.

Muhammad dit :
« … J’ai appris à connaître cette doctrine par la voix d’un chiite imamite duodécimain loyal, afin que ma certitude grandisse quant à la véracité de ce rite et au fait que je suis sur la voie juste. »

Puis il découvrit la souffrance et l’injustice subies par al-Zahrâ’ (que la paix soit sur elle), se convainquit de l’impiété des Banû Umayya et de leur oppression, et les fils de la “grande conspiration” des Omeyyades contre l’islam et les musulmans commencèrent, selon lui, à se dévoiler : l’achat des consciences, la fabrication de hadiths, comme le récit : « Abû Bakr et ‘Umar sont les seigneurs des vieillards du Paradis » (1).

 

Annonce de sa conversion éclairée et diffusion du chiisme

Après environ trois mois de recherches sérieuses sur des sites chiites et des sites de « شبهات » (objections/doutes), et après avoir consulté des ouvrages de convertis disponibles au Centre de recherches doctrinales, Muhammad annonça sa conversion éclairée dans la « salle bénie de Ghadîr » sur le programme Paltalk, sous la direction de l’un des savants religieux. Cela eut lieu le 16 Dhû al-Ḥijja 1424 H.

Il entreprit ensuite la rédaction d’un livre où il expose la manière dont il a découvert et adopté la croyance ja‘farite, qu’il intitula : Les Lumières de la Vérité (Anwâr al-Ḥaqîqa).

 

Œuvre

Anwâr al-Ḥaqîqa (Les Lumières de la Vérité)

L’ouvrage comprend une introduction et quatre chapitres :

  • La vérité vient du Vrai, et le Vrai est Dieu : si tu connais la vérité, alors tu connais Dieu.
  • Obstacles sur le chemin de la conversion éclairée : doutes et croyances erronées.
  • Ce sont eux que j’ai suivis : les Imams des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux).
  • Quelques versets révélés au sujet des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux).

Dans l’introduction, l’auteur précise que son objectif est d’allumer une bougie sur la voie du Vrai : un appel à libérer les esprits de leurs chaînes, à dialoguer avec l’autre, à accepter les points de vue divergents, et à délaisser la polémique et le fanatisme aveugle qui ne conduisent jamais au bien.

 

À propos de son livre : Anwâr al-Ḥaqîqa

Après avoir donné un aperçu biographique et expliqué comment il a choisi l’école des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux), l’auteur présente des preuves et des thèmes argumentés, tirés du Coran et de la Sunna, qui l’ont conduit à ce choix, et répond à plusieurs accusations dirigées contre le chiisme.

 

« Le Muṣḥaf de Fâtima » (que la paix soit sur elle)

Lors de discussions avec des sunnites, Muhammad fut confronté à plusieurs objections, dont celles liées au Muṣḥaf de Fâtima (que la paix soit sur elle) et aux allégations mensongères formulées à son sujet par certains à l’encontre des chiites. Il répondit à cette objection dans son livre, en substance :

Il s’est beaucoup parlé de ce qu’on appelle « le Muṣḥaf de Fâtima », et les ennemis des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) ont voulu diffamer les chiites en les accusant de posséder un autre Coran dont ils tireraient des règles religieuses, qu’ils appelleraient « le Muṣḥaf de Fâtima ». Il s’agit, dit-il, d’une accusation sans valeur scientifique, dont l’inanité apparaît dès que l’on revient aux textes rapportés des Imams des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux). Cette accusation, ajoute-t-il, remonte à l’époque omeyyade et abbasside, ce que montrent les questions des narrateurs et les réponses des Imams, ainsi que leurs déclarations explicites niant catégoriquement que le Muṣḥaf de Fâtima soit un autre Coran.

Sens linguistique du mot « muṣḥaf »

Il cite notamment :

  • al-Farrâ’ : le terme « muṣḥaf » viendrait de la racine liée à « ṣuḥuf » (feuillets), réunis en un ensemble (2).
  • Abû Hilâl al-‘Askarî : distinction entre « kitâb » et « muṣḥaf » : le « kitâb » peut être une seule feuille ou plusieurs, tandis que le « muṣḥaf » désigne un ensemble de feuillets rassemblés (3).
    Il ajoute : tout ouvrage composé de feuillets réunis entre deux couvertures peut être appelé « muṣḥaf » ; c’est pour cela que le Coran a été nommé « muṣḥaf » (4).

Qu’est-ce que le Muṣḥaf de Fâtima ?

Selon lui, le Muṣḥaf de Fâtima (que la paix soit sur elle) est un livre d’un rang élevé : l’ange Jibrîl l’aurait dicté à Fâtima al-Zahrâ’ après la mort de son père, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille), pour la consoler de son deuil ; et l’Imam ‘Alî ibn Abî Tâlib (que la paix soit sur lui) l’aurait écrit de sa main.

Il le présente comme faisant partie des « dépôts de l’Imamat », et rapporte que l’Imam al-Riḍâ (que la paix soit sur lui) l’énumère parmi les signes de l’Imam infaillible (5). Il affirme également qu’il se trouverait aujourd’hui auprès de l’Imam al-Mahdî (que Dieu hâte sa délivrance).

Il mentionne aussi que ce muṣḥaf serait, selon lui, le premier livre rédigé en islam, en raison du décès de Fâtima (que la paix soit sur elle) survenu au 3 Jumâdâ al-Ûlâ de l’an 11 H (6).

Il insiste sur le fait qu’il s’agit de propos dictés (waḥy non miraculeux), à l’image du hadith qudsî ou prophétique, et non d’une révélation coranique. Il cite des exemples de femmes « muḥaddatha » (à qui les anges parlent) : Maryam, la mère de Mûsâ, Sâra, et affirme que cela ne constitue pas un signe de prophétie (7).

Chez les Imams : contenu et nature du muṣḥaf

Il rapporte de l’Imam al-Ṣâdiq (que la paix soit sur lui) que Fâtima vécut 75 jours après le décès du Prophète, que Jibrîl venait la consoler et l’informer, et que ‘Alî écrivait ce qu’il entendait : voilà ce qu’est le Muṣḥaf de Fâtima (8). Il cite aussi un autre rapport selon lequel il ne contient pas de prescriptions de licite/illicite, mais la connaissance de ce qui adviendra (9).

Il n’y a rien du Coran dans le Muṣḥaf de Fâtima

L’auteur cite plusieurs propos attribués à l’Imam al-Ṣâdiq (que la paix soit sur lui) affirmant explicitement que ce muṣḥaf ne contient aucune lettre du Coran, qu’il n’est pas le Coran, et qu’il ne renferme aucune « āya » du Coran (11–16).

Ce qu’il contiendrait

Il cite des textes indiquant qu’il contient des informations sur ce qui adviendra, des éléments relatifs à la descendance, et même « les noms de ceux qui gouverneront jusqu’à l’Heure » (17–19), et rapporte l’avis d’al-‘Allâma al-Majlisî selon lequel l’apparence de la plupart des récits va dans le sens d’un contenu principalement informatif (20).

Références (telles que citées dans le texte)

  1. Musnad Aḥmad, 1:80.
  2. Lisân al-‘Arab, 9:196.
  3. Al-Furûq al-Lughawiyya, p. 447.
  4. Dâ’irat al-Ma‘ârif al-Ḥusayniyya (al-Karbâsî), Mu‘jam al-Muṣannafât al-Ḥusayniyya, 1:19.
  5. ‘Uyûn Akhbâr al-Riḍâ, 2:193.
  6. Dâ’irat al-Ma‘ârif al-Ḥusayniyya (al-Karbâsî), Mu‘jam al-Muṣannafât al-Ḥusayniyya, 1:19.
  7. ‘Ilal ash-Sharâ’i‘, 1:183.
  8. Al-Kâfî, 1:241.
  9. Baṣâ’ir ad-Darajât, p. 177 ; Al-Kâfî, 1:240.
  10. Peut renvoyer au volume de l’ouvrage comparé au Coran.
  11. Baṣâ’ir ad-Darajât, p. 172.
  12. Baṣâ’ir ad-Darajât, p. 176.
  13. Baṣâ’ir ad-Darajât, p. 178.
  14. Baṣâ’ir ad-Darajât, p. 179.
  15. Baṣâ’ir ad-Darajât, p. 180.
  16. Baṣâ’ir ad-Darajât, p. 171.
  17. Al-Kâfî, 1:241.
  18. Al-Kâfî, 1:241.
  19. Rawḍat al-Wâ‘iẓîn, p. 221.
  20. Mir’ât al-‘Uqûl, 3:56.