Muhammad Ahmad Mahmoud Ibrâhîm

Muhammad Ahmad Mahmoud Ibrâhîm
(hanafite – Égypte)

Il est né en 1384 H (1965) en République arabe d’Égypte, et a grandi au sein d’une famille sunnite de rite hanafite.

Muhammad poursuivit ses études universitaires jusqu’à obtenir une licence en sociologie à l’Université ‘Ayn Shams, ainsi qu’un diplôme d’études supérieures en criminologie dans la même université. Il a également rédigé des recherches et des articles portant sur certaines problématiques sociales de la société égyptienne, telles que le chômage, le divorce et la désagrégation familiale.

 

Le destin divin conduit Muhammad à découvrir le chiisme

Après près de trois décennies passées dans le rite hanafite, la providence le conduisit à visiter certains sites Internet qui demandaient à leurs visiteurs d’exprimer leurs opinions au sujet de dirigeants arabes et musulmans. Il fit alors l’éloge de l’un des dirigeants fidèles aux Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux), en raison de sa résistance face à l’arrogance sioniste et américaine. Les usagers de ce site répondirent en condamnant ses propos et en réclamant son exclusion, au motif qu’il serait parmi les « chiites rafidites ».

À cette époque, Muhammad ne connaissait pas le sens de cette expression ; sa curiosité le poussa donc à en rechercher la signification.

Il raconte :
« J’ai alors décidé de rechercher le sens du mot “chiites”. Le choc, pour moi, fut de découvrir que les chiites sont les partisans du Noble Messager, de l’Imam ‘Ali, et de al-Hasan et al-Husayn (que la paix soit sur eux), et qu’ils sont des musulmans comme nous. Je me suis imposé de poursuivre la recherche afin de connaître de plus près ces musulmans semblables à nous, sur lesquels l’appareil médiatique avait œuvré à semer la confusion et à jeter un voile. J’ai lu de nombreux ouvrages avec examen et rigueur, notamment Al-Imâma wa as-Siyâsa d’Ibn Qutayba, et Al-Bidâya wa an-Nihâya d’Ibn Kathîr. »

 

Consultation des sources chiites, puis conversion éclairée

Muhammad poursuit :
« Ensuite, j’ai consulté certains livres chiites à travers le Salon annuel du livre organisé au Caire. Par ailleurs, j’ai eu des correspondances et des échanges d’idées avec certains convertis éclairés via Internet ; ils répondaient aux questions que je leur posais. »

Après trois années de recherche et d’investigation personnelle, Muhammad acquit la certitude que l’islam authentique ne peut se réaliser qu’en suivant les Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux), en leur vouant loyauté et en se désolidarisant de leurs ennemis. Il annonça alors sa conversion éclairée en 1426 H (2006), en Égypte.

 

Œuvre

Les valeurs sociales telles que les reflète la révolution de Karbalâ’

Publié en 1434 H (2013) par le Centre de recherches doctrinales, dans la collection Le Voyage vers les Deux Poids, n° 43.

Il s’agit d’une étude analytique des valeurs portées par l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) et de leur comparaison avec celles de l’autorité omeyyade. L’ouvrage comprend une introduction et quatre chapitres :

  1. Procédures méthodologiques de l’étude : présentation de la problématique, de l’importance, des objectifs et des questions de recherche, ainsi que de la méthode adoptée, des outils de collecte des données, de la population étudiée, de l’échantillon, et des concepts centraux employés.
  2. Approches théoriques expliquant les valeurs : examen de plusieurs théories sociologiques (structuro-fonctionnalisme, marxisme, théorie du conflit, approche phénoménologique), se concluant par un cadre théorique choisi par le chercheur.
  3. Réalité sociale et politique après le décès du Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille) : étude de la Saqîfa et de ses conséquences, d’événements accompagnant les premiers califats, de pratiques associées au califat de ‘Uthmân ibn ‘Affân et de leur rôle dans l’émergence de la fitna, de l’influence des partis politiques sur le cours des événements et sur les troubles menant aux guerres civiles (les « Nakithîn », le « camp rebelle », les neutres), puis analyse sociologique de la révolution de l’Imam al-Husayn afin d’en dégager les causes et les répercussions.
  4. Les valeurs sociales chez l’Imam al-Husayn et dans le pouvoir omeyyade : exposition des principales valeurs défendues par les deux camps pour justifier leurs positions politiques et sociales.

L’étude se conclut par la présentation des principaux résultats issus du travail de terrain.

 

À propos de son ouvrage : Les valeurs sociales telles que les reflète la révolution de Karbalâ’

Dans le quatrième chapitre, l’auteur aborde les valeurs sociales sur lesquelles l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) insistait avec force, les considérant comme une nécessité urgente dans les sociétés traditionnelles marquées par l’exploitation et l’autoritarisme. Il estime que, sans l’affirmation de ces valeurs de changement social, il n’existe aucun espoir de développement — spirituel ou matériel — pour ces sociétés.

Valeurs de la révolution et du changement social

Muhammad explique que l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) expose les raisons impérieuses qui l’ont conduit à la révolution en vue d’un changement social, pour lesquelles il a sacrifié sa vie et celle des siens, ainsi que celles de ses compagnons nobles. Il analyse la réalité socio-politique de son époque, soulignant qu’elle s’était dégradée et falsifiée, s’éloignant de la pureté qui caractérisait l’époque du Prophète (que Dieu le bénisse, lui et sa Famille). Les autorités omeyyades, dit-il, avaient abandonné les valeurs positives soutenues par l’islam — pourtant inscrites dans le Livre divin — et avaient « fait revivre » innovations blâmables, pratiques et valeurs préislamiques combattues par l’islam.

Il décrit alors la diffusion de la corruption et de la corruption par la rente, la paralysie de l’application des lois (ḥudûd), l’étrangeté du vrai au sein même de sa demeure, la banalisation du faux, l’accaparement des richesses par une minorité liée au pouvoir, tandis que la majorité vivait la pauvreté, la marginalisation et la répression. Il souligne aussi l’imposition de Yazîd ibn Mu‘âwiya comme calife, parfois par la contrainte, parfois par l’achat des consciences, au mépris de la liberté des gens et sans considération pour l’opposition massive à son investiture.

Il conclut que l’une des priorités majeures de l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) était de réformer cet édifice social en ruine par un changement global, au moyen d’une démarche pratique : ordonner le bien et interdire le mal, selon deux modalités :

  • une approche pacifique, limitée au dialogue et au refus du serment d’allégeance à Yazîd ;
  • une approche révolutionnaire, lorsque l’Imam comprit la détermination du pouvoir à l’imposer et à ne le laisser vivant qu’au prix d’une reconnaissance forcée de sa légitimité.

Valeurs de paix et de tolérance

L’auteur considère la paix et la tolérance parmi les valeurs les plus marquantes mises en avant à Karbalâ’. Selon lui, l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) ne cherchait ni la fitna, ni à dresser les gens les uns contre les autres, ni à rompre les liens de la communauté — contrairement à ce que la propagande omeyyade prétendait. Il rappelle qu’il n’initia pas le combat, refusa des propositions d’attaque préventive, et qu’il se distingua par son humanité, allant jusqu’à offrir de l’eau à al-Hurr ibn Yazîd ar-Riyâḥî et à ses soldats, ainsi qu’à leurs montures, établissant l’idée que la clémence ne concerne pas seulement l’homme, mais s’étend aussi à l’animal.

Valeurs du dialogue et de la persuasion

L’auteur met en avant le recours constant de l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) au dialogue et à l’argumentation : avec des représentants du pouvoir, avec ses compagnons et sa famille, avec ceux qui le dissuadaient de partir en Irak, et avec ceux qui lui avaient donné des engagements puis les rompirent. Il souligne aussi ses échanges épistolaires, notamment avec le représentant omeyyade à La Mecque, et son dialogue avec ‘Umar ibn Sa‘d, où l’Imam tenta de le détourner de son alliance avec le pouvoir, en proposant même des solutions alternatives à ses craintes matérielles — jusqu’à ce que le dialogue se heurte à l’intransigeance et aux justifications de convenance.

Références (telles que citées dans le texte)

  1. Ainsi dans la source ; peut-être « Sa‘âda ».
  2. Târîkh at-Tabarî, 4:305.
  3. Al-Futûḥ d’Ibn A‘tham, 5:21.
  4. Târîkh at-Tabarî, 4:304 ; Al-Kâmil fî at-Târîkh, 4:48.
  5. Târîkh at-Tabarî, 4:309 ; Al-Kâmil fî at-Târîkh, 4:52.
  6. Ansâb al-Ashrâf, 3:188.
  7. Ansâb al-Ashrâf, 3:169 ; Târîkh at-Tabarî, 4:302.
  8. Al-Kâmil fî at-Târîkh, 4:64 ; Al-Bidâya wa an-Nihâya, 8:195.
  9. Târîkh Madînat Dimashq, 14:216 ; Târîkh at-Tabarî, 4:296.
  10. Al-Futûḥ, 5:67.
  11. Al-Bidâya wa an-Nihâya, 8:181.
  12. Târîkh Madînat Dimashq, 14:209 ; Bughyat at-Ṭalab (Ibn al-‘Adîm), 6:261.
  13. Al-Bidâya wa an-Nihâya, 8:176.
  14. Al-Bidâya wa an-Nihâya, 8:191.
  15. Târîkh al-Ya‘qûbî, 2:244 ; Târîkh at-Tabarî, 4:319 ; Al-Muntaẓam (Ibn al-Jawzî), 5:338.
  16. Extraits de Les valeurs sociales telles que les reflète la révolution de Karbalâ’, pp. 95–112 (légèrement adaptés).