Les premiers jours d’un converti à l’islam

Les lendemains en islam étaient des journées presque ordinaires. J’ai cru dans un premier temps qu’il y aurait de l’or et des femmes qui me tomberaient du ciel! Mais ce n’était rien… Plus sérieusement, je m’attendais à un grand changement en moi, mais c’était plutôt le doute qui dominait mon coeur. En effet, dans les premiers moments, je me posais sans cesse la question de savoir si j’avais bien fait d’entrer dans cette religion. Et de voir dans une mosquée, pour la première fois de ma vie autant de personnes qui se prosternaient continuellement en attendant la prière en commun, me perturbait. Je n’arrêtais pas de me dire que j’étais en train de faire une erreur et que j’avais vraiment l’impression d’être dans une secte! Malgré cela, je me disais que je ne devais pas juger avant de connaître. Ne pas avoir de préjugés comme en ont la plupart des gens. Je faisais tout pour ne pas ressembler à nos cousins venus du singe, je ne voudrais pas les critiquer et me comporter exactement comme eux. Dans ce cas je n’aurais pas été meilleur…

Du fait de l’effort qu’elle a fourni, une personne qui se convertit bénéficie de la miséricorde d’Allah. Il lui ouvre le coeur et l’esprit en le purifiant, en lui redonnant de la bonté, de la gentillesse et de la candeur, tout simplement… en le faisant RENAخTRE. Cette renaissance est bien réelle. De cette façon, à ses débuts, le converti est comme un enfant. Il est naïf, pur, curieux et aime découvrir ce nouvel univers qui est devenu sien, l’apprendre et le comprendre. Le novice que j’étais, se sentait encore fragile, influençable et très manipulable. Heureusement que des amis musulmans sincères m’ont soutenu lors de ce passage difficile, de ce changement brutal dans ma vie Sans leur aide précieuse, j’aurais pu être un mauvais musulman aujourd’hui, et qui sait, peut-être que j’aurais été fou comme le disait si bien ma famille?

 

Les conseils de certains amis étaient cruciaux pour moi, afin que je ne m’égare pas de la umma (la communauté musulmane).

D’ailleurs, si je ne m’abuse, il est de notre devoir et de notre responsabilité de guider ceux qui viennent d’entrer dans la miséricorde d’Allah! Le soutien moral et matériel à ce moment difficile de ma vie était une chose tout à fait appréciable. Des amis, très serviables, m’ont montré les mosquées, les bonnes associations musulmanes, les boucheries halals (licites) et les librairies où j’ai pu me procurer des livres. Il faut avouer que le néophyte que j’étais, était très vorace en lecture car j’avais tout à apprendre! Alors mes frères m’ont conseillé de bons livres islamiques pour que je ne me perde pas dans les détails et la complexité de certains écrits. Certains plus intimes m’ont présenté leur famille, leurs amis afin que je sois bien entouré par la chaleur fraternelle. J’en avais tant besoin, surtout à ce moment-là. J’appris que certains convertis ont eu moins de chance que moi, car ils ont été expulsés à tout jamais de leur famille. En entrant dans l’islam, ils ont été radiés de leur lignée, de leur affiliation… Que cela est cruel… L’intolérance est signe d’une grande ignorance… Cependant un jour, nous aurons des comptes à rendre…

 

Pour aider dans ce cas, nos amis « fraîchement » débarqués et parfois déboussolés, nous pouvons mettre en place un système de parrainage. Que chaque personne intelligemment désignée devienne par pacte écrit, responsable d’un frère nouvellement converti.

Comme celui que notre Prophète (SAW) avait fait entre un ançari (partisan) et un muhajir (émigrant) lors de l’Emigration des Musulmans à Médine. Après ces précautions, nous pouvons demander à Allah, le Tout-Puissant, de les protéger et de les guider. Si Dieu guide une âme alors rien, ni personne ne pourra plus l’égarer. Allah, le Très-Miséricordieux, a blanchi le coeur d’une de Ses créatures. Cette purification, avec espoir, pourra renforcer ses sens et aiguiser son intelligence pour lui permettre de voir, de comprendre et de servir le Créateur, le Très-Noble…

 

Dieu, le Très-Haut, sonde et décèle le moindre atome de bonté en nous. Louanges à Lui qui m’a fait renaître…

 

Réflexion 2: Le Changement psychique du Converti

 

J’ai cru qu’une fois trouvé ce que je cherchais, ma vie serait plus simple. Mais les choses n’ont pas été ainsi, un parcours du combattant venait de se dresser devant moi. Il fallait que je concilie les disputes avec ma famille à propos de la conversion, faire face à son incompréhension et son incrédulité. Par la suite, j’ai été contraint de rompre des liens avec elle, pour un temps. Cela fut une expérience douloureuse à vivre, mais il fallait passer par là… Egalement affronter la moquerie, le regard des gens bornés dans de mon entourage. A l’époque, vivre avec le peu de connaissances que j’avais de l’islam était terriblement frustrant car je ne pouvais m’en justifier. D’autant plus qu’avec ma foi toute neuve j’étais obligé de faire face à une société peu tolérante, qui n’a pas une estime très élevée des musulmans et de notre religion en général, car elle véhicule énormément des préjugés qui pourraient paraître à des esprits simples plus ou moins fondés.

 

Au début, je n’arrivais pas à saisir, après être devenu musulman, pourquoi encore des problèmes après ma conversion! J’ai cru que Dieu allait me dérouler un GRAND tapis rouge! Mais il n’en était rien…

 

J’ai compris bien plus tard, que plus Allah aime un serviteur et plus Il va l’éprouver, afin qu’il progresse dans sa foi, sa science, sa sagesse et son amour pour Lui. Et Dieu « ne charge pas une âme plus que ce qu’elle peut supporter … ».

 

Une des premières difficultés à laquelle je devais faire face en moi-même est ce que j’ai nommé « le changement psychique du converti ». En effet, lorsqu’une personne entre dans une religion telle que l’islam, elle doit changer sa façon de penser, de regarder, de manger, d’écouter, de parler, d’agir… en somme toutes ses habitudes. Il était nécessaire de rééduquer son âme.

 

Certains font ce changement avec une plus grande facilité lorsqu’ils ont une « prédisposition ». Cette faculté s’acquiert.

 

Je prends le cas de celui qui s’est perverti dans les choses harams (interdites en islam), alors plus son amour de ces choses perverses est grand et plus il lui faudra travailler pour s’améliorer. C’est pourquoi je parle de « prédisposition acquise ». Un non-croyant qui avait passé une partie de sa vie à se cacher et à se voiler à lui-même la fitra (l’instinct originel qui permet à tout être humain de croire en Dieu), devait opérer un changement psychique profond, très profond… c’était mon cas. En quelque sorte, regarder la vérité cette fois-ci, sans détour ni fuite.

 

En premier lieu, il était urgent que j’affronte mon éducation parentale car celle-ci se transmet et s’implante dans l’âme. Après quoi, il fallait que je lutte contre mes mauvaises habitudes acquises durant la vie de non-croyance. Enfin, faire face à mon environnement, qui est un facteur très influent, d’après ce que j’ai compris. C’est tout simplement un changement total à l’intérieur de moi-même, et cela m’a demandé énormément de temps, de sacrifices et de souffrances personnelles…

 

Ainsi, pour mettre ce processus en marche, j’ai compris qu’il fallait d’abord admettre les mauvaises habitudes que je voulais changer. Le pire d’entre nous est celui qui n’accepte pas ses propres défauts. Il n’y a point de honte à avoir conscience de cette faiblesse, au contraire, cela nous permet de progresser. Tout être humain est imparfait, mais le plus intelligent est celui qui cherche à être meilleur en qualité. Je sais combien il est difficile de regarder ses défauts, sa poubelle intérieure car elle est désagréable et rabaisse l’orgueil! Mais il fallait passer par là. C’était la première étape de ma thérapie personnelle…

 

Puis, je devais comprendre d’où me venaient ces insuffisances. J’essayais de saisir, par exemple, pourquoi j’avais l’habitude d’être constamment pessimiste, négatif.

 

En principe, je découvrais toujours une partie de la réponse dans l’éducation de mes parents. Ont-ils l’habitude d’interpréter tous les événements d’une façon négative? Dans ce cas, je reproduisais instinctivement, systématiquement ce que j’avais observé chez eux jusqu’à ce que j’en devienne conscient. Ce défaut, un véritable poison, était l’un des plus pénibles à changer, car il fallait sans cesse lutter et lutter à nouveau… sans jamais baisser les bras, sinon cette habitude reprenait le dessus sur moi!

 

Puis, j’ai aussi découvert qu’une autre partie de l’explication pouvait être trouvée dans mes fréquentations et dans mon environnement. Est-ce que mes amis aimaient-ils le côté sombre? Là encore je suivais aveuglément le groupe et un adage dit « qui se ressemble s’assemble… ». J’ai dû aussi observer un espace plus vaste, à savoir la société dans laquelle je vivais. Si cette terre était remplie de pessimistes alors il aurait été bien difficile pour moi de ne pas suivre « la tendance » car j’aurais été à l’encontre de ces moeurs. En dépit de tout, après ces longues années d’intenses efforts, Allah m’a aidé à vaincre tous ces stimuli (Al-hamdullillah!). J’ai transposé et appliqué le même raisonnement à d’autres de mes nombreux défauts.

 

En guise de rappel, j’ai dû chercher l’origine de chaque défaut, soit dans mon éducation parentale, soit dans mon environnement, soit en moi-même ou les trois facteurs combinés. J’ai découvert que généralement un problème a plusieurs sources. L’important est de savoir quel pourcentage représente chaque cause pour produire de tels effets. Comprendre l’origine de ses déficiences pour mieux les accepter et essayer de les changer, est signe d’une âme de très grande noblesse. J’ai adopté cette attitude enrichissante du mieux que j’ai pu et du mieux que je peux encore…

 

Pour exécuter mon programme, j’ai classé mes défauts et j’ai mis en priorité les « grosses mauvaises habitudes » qui empoisonnaient le plus ma vie au quotidien. Une des pires pour ma propre vie et la vie des gens qui m’entouraient, c’était l’insatisfaction continuelle. Je vais essayer de détailler dans les pages et chapitres qui suivent certains thèmes dont celui-ci qui me semble le plus crucial.

 

Comme vous le savez le non-croyant a cette spécificité de ne pas croire en Dieu; ainsi il compte sur lui-même, sur le matériel et sur les autres humains qui l’entourent. Une fois qu’il obtient une chose tant espérée, il fait preuve de mécontentement de ce qu’il a acquis. Et comme il en veut toujours plus, toujours mieux, il ne peut jamais être heureux de ce qu’il a entre ses mains, même s’il a la plus magnifique des familles, la plus belle des maisons, la meilleure des réussites sociales, le meilleur bienfait du monde etc… Cette insatisfaction perpétuelle ruinait et empoisonnait mon existence. J’ai dû lutter avec acharnement contre cette maladie de l’âme (je donnerai une solution personnelle dans la suite des réflexions).

 

Accepter, comprendre ses faiblesses et dans la même perspective, se changer pour mieux vivre et s’épanouir avec son environnement, avec ceux et celles qui nous aiment et que nous aimons, c’est essentiel pour moi… et vous?

 

Après avoir passé ces deux stades, il était normal désormais de réussir l’étape la plus difficile, la plus longue et la plus douloureuse: l’application, le concret. Comment ai-je procédé? Pour être pédagogue, je prends l’exemple d’un de mes défauts qui me poussait à penser et à interpréter toujours mal les faits et les dires des autres. Un rendez-vous raté, je commençais à maudire l’ami sans lui laisser la moindre chance de s’expliquer. Un mauvais regard non intentionnel et je manifestais mon mécontentement. Pour m’aider, j’ai lu le magnifique livre « Comment aimer Allah? », dans l’édition de la Cité du Savoir (Abbas Ahmad al-Bostani) et le très didactique livre « Problèmes psychologiques et moraux » de Sayyed Mojtaba Moussavi Lâri, qui ont été de véritables remèdes pour moi, pour mon âme.

 

Alors pour mon cas, comment ai-je changé? En tant que croyant, lorsque ces mauvaises pensées traversaient mon esprit, je récitais un, dix, vingt versets du Coran (ou je répétais les mêmes ayats plusieurs fois) ou je faisais le zikr (Allahou akbar, al-hamdullillah, subhan Allah…) ou j’essayais de trouver des raisons positives. Autant de versets ou de raisons nécessaires pour qu’elles disparaissent. Malheureusement, ces idées noires ressurgissaient à tout moment. Dans ce cas, je recommençais le processus autant de fois que le besoin se faisait sentir. A force, au bout de deux mois, deux ans, huit ans… ce défaut est parti (Al-hamdullillah). J’ai résisté en n’étant pas défaitiste, oui j’ai essayé de ne pas l’être. Autrement, j’aurais pu enlever tout espoir dans ma vie… Cela était difficile mais je savais que c’était possible. Des amis libanais m’ont soutenu et aidé dans cette tâche très ardue. Qu’ils trouvent ici, eux et leur famille, toute ma gratitude. Je ne les remercierai jamais assez pour ce qu’ils m’ont apporté. Ils sont… comme ma famille.

 

En résumé de mon travail intérieur, le changement d’un défaut:

 

– c’était d’abord l’admettre, le reconnaître;

 

– ensuite, le comprendre et être convaincu que cet immense effort était pour mon bien, pour que je puisse m’épanouir pleinement;

 

– enfin, l’étape la plus longue et la plus pénible, était de mettre tout ceci en application avec beaucoup de ténacité et de vaillance sans jamais désespérer.

 

C’était un très grand jihad (en arabe, cela veut dire « faire l’effort intérieur ») contre moi-même pour devenir meilleur, et pour me perfectionner tous les jours.

 

J’espère avoir réussi… Allahou ‘Alam (Dieu Seul le sait). Par l’effort qu’il avait fourni pour trouver son chemin, le nouveau musulman que j’étais, a bénéficié de l’ouverture du coeur et de l’âme qu’Allah, le Pardonneur Absolu, lui a prodiguée. Par conséquent, il était plus disposé à changer par rapport aux autres. En remerciant Dieu qu’il ne s’était pas trop perverti dans les péchés avant sa conversion ce qui l’aurait empêché de réaliser cette rééducation psychique en profondeur.

 

Qu’Allah, Le Clément, nous renforce les sens et le coeur pour que nous puissions nous améliorer, nous rapprocher de Lui jour après jour, et qu’à la fin, être parmi les véridiques, ceux élevés aux rangs les plus sublimes, les plus intimes avec Lui…

 

Réflexion 3 : Mes premiers pas, mes premières difficultés

 

Depuis ma conversion du 11 novembre 1995, j’ai essayé de faire mes prières quotidiennes et de pratiquer l’islam en général du mieux que j’ai pu, ou en un mot d’être un musulman tout ce qu’il y a d’ordinaire…

 

Pourtant quelques jours après cette date déterminante de ma vie, une question me préoccupait et me dérangeait à chaque instant:

comment est-ce que j’allais annoncer cette nouvelle à ma famille? Avec elle, comme avec mes amis ou avec les gens en général, je n’ai pas l’habitude de mentir ou de tricher. J’essaie toujours d’être sincère et franc sans un brin d’hypocrisie dans mes relations humaines comme je le fais avec Dieu. En aucune façon, je ne pouvais garder ce lourd fardeau sur moi. D’abord ai-je commis un crime? Ai-je fait du mal à quelqu’un? Ai-je spolié les droits de quelqu’un? Qu’ai-je fait à part prendre ma vie en main? Qu’ai-je fait, pour ne pas avoir le droit de dire à ma famille que je me suis converti à l’islam? Pourquoi n’aurais-je pas cette liberté? Ne s’agit-il pas de ma vie?

 

Malgré toutes ces questions pertinentes, je savais que cette révélation allait être difficile, vu tous les murs de préjugés qui m’attendaient. Après ma conversion, j’ai rendu visite deux fois à ma famille sans réussir à lui dire, à lui avouer… A chaque fois le courage m’a manqué… Et je me disais que j’allais le faire la fois suivante. Je repoussais ainsi l’échéance pour arriver aux vacances de Noël. Où là, j’ai décidé de le dire en me répétant sans cesse qu’il fallait les affronter, sinon je risquais de reporter encore cette date fatidique. J’avais mauvaise conscience de ne pas leur avoir avoué auparavant. Pour m’aider j’avais demandé à un ami tunisien de m’accompagner et de passer quelques jours à la maison pour que j’accomplisse cette tâche bien ardue.

Je m’étais préparé psychologiquement.

 

Traditionnellement, toute notre grande famille se réunissait chaque année pendant les vacances de Noël pour se retrouver et pour aussi fêter le nouvel an ensemble.

 

Comme à ses habitudes ma mère, avec sa générosité débordante, nous a préparé un gargantuesque repas chinois digne de l’occasion! Il y avait de la bonne soupe pékinoise, des rouleaux de printemps, du poulet, du canard laqué… et même du porc rôti au repas! Nous avions tous commencé à manger, à déguster; et les discussions comme les plaisanteries allaient de bon train. Cependant pour ma part, ce festin n’avait pas la même saveur, le même délice que les autres fois. Je ne pouvais l’apprécier, car je ne cessais de penser à la révélation que j’allais devoir faire… J’étais entouré de tout ce vacarme, mais mon esprit était ailleurs. A chaque bouchée de nourriture, j’étais pensif et dès que je me disais qu’il fallait le dire à ce moment-là, une parole ou une action d’un membre de la famille m’interrompit.

 

Arrivé au beau milieu du dîner, avec la gorge nouée, profitant d’un temps de silence où chacun était concentré sur son assiette, je leur ai enfin révélé ceci: « Voilà, je voudrais vous dire quelque chose. Quelque chose d’important pour moi. Puisque vous êtes tous présents aujourd’hui, je voudrais vous dire que je me suis converti à l’islam il y a à peu près deux mois … ».

 

Un grand silence s’est abattu sur notre domicile. Pas un bruit, pas une mouche n’a pris son envol… Le calme avant la tempête ?! La plupart de la famille s’est arrêtée net de manger. Les rires se sont transformés en renfrognements, les sourires en sévérités. Des questions me sont tombées sur la tête comme une grande averse. Les premières réactions étaient: « Es-tu devenu fou?! Qu’est-ce qui t’as pris?! Pourquoi as-tu fait ça?! Pourquoi es-tu entré dans la religion des Arabes?! ».

 

Certains m’ont lancé des regards sévères qui m’ont jugé et d’autres ont montré de l’étonnement, de l’incompréhension, mais tous ont été choqués par cette annonce. Certains ont simplement fait ce commentaire, comme pour se rassurer: « Cela lui passera, c’est juste une crise de personnalité …! ». Mais je vais vous raconter dans les lignes à venir, leurs autres réflexions et allégations plus comiques les unes que les autres.

 

Face à cette tempête de réactions, j’ai essayé de garder mon calme, mon sang-froid pour ne pas perdre mon objectif, à savoir leur faire comprendre et accepter ma conversion d’une façon douce… J’ai été face à un tribunal dont il fallait répondre à l’interrogatoire! J’ai tenté constamment de calmer l’ardeur de certaines de mes soeurs, l’inquiétude de ma mère… Pour cela, je répétais sans cesse: « Si vous voulez vraiment me comprendre et connaître cette religion, alors donnez-moi du temps… car j’en ai besoin pour vous prouver que j’ai bien réfléchi avant de prendre cette décision et que j’ai eu raison d’avoir fait cela ».

 

Certaines de mes soeurs m’ont carrément demandé de leur montrer Dieu pour leur prouver Son existence! Arrivé en fin de soirée, je me sentais fatigué et lassé par toutes ces questions qui n’en finissaient pas. Alors j’ai pris congé d’eux pour pouvoir faire mes prières et me reposer chez la grande soeur. Ce que je fis. Il faut avouer que toute la journée je m’étais préparé, j’avais cherché les mots pour leur dire cette vérité. Une fois cette révélation faite, je me sentais soulagé d’avoir enfin accompli mon devoir et tout ce que je voulais, c’était d’aller dormir tranquillement…

 

Le jour suivant, au petit matin, une de mes soeurs me réveilla brusquement et me demanda d’aller rejoindre toute la famille qui m’attendait chez les parents, pour à nouveau s’entretenir avec moi. Comme je devais prendre du temps pour me réveiller, pour faire ma toilette et ma prière, finalement c’était une partie de ma famille qui est venue à moi. Mes soeurs et ma mère étaient présentes. Je leur ai demandé ce qui se passait et le pourquoi de ce réveil si matinal. Elles m’ont répondu qu’aucune d’entre elles n’avait trouvé le sommeil après ma mystérieuse confession de la veille!!

 

Contrairement à moi qui ai dormi comme un bébé, elles m’ont avoué avoir passé une nuit blanche en discussions pour résoudre mon problème. Elles en ont conclu que, soit j’étais devenu fou, soit des gens étaient en train de me manipuler, soit une femme m’avait ensorcelé!!!! Et bien, je dois dire que je ne m’attendais pas à toutes ces conclusions si remarquablement trouvées après une si longue nuit de réflexion! Pour répondre à leur première allégation, je leur ai dit que mes paroles sont cohérentes et que généralement, un fou déraisonne et que ce qu’il dit n’a ni queue ni tête. Ce n’était pas mon cas… Concernant leur deuxième allégation, malgré mes arguments, aucune d’entre elles n’a voulu me croire, répondant que la personne manipulée n’est jamais consciente. Elles m’ont dit qu’elles avaient confiance en moi mais pas en eux, ceux qui étaient en train de contrôler mon esprit!! Surtout que j’habitais à cette époque, loin de toute la famille. Aussi leur suggérais-je de venir me rendre visite et voir ma vie à Rennes. Et pour leur dernière trouvaille, ma mère me demanda de l’accompagner à Paris pour voir un bonze bouddhiste pour qu’il m’enlève cette terrible sorcellerie féminine!!! Je ne pouvais m’empêcher de rire intérieurement. Comme j’avais vu de l’angoisse dans ses yeux, pour la tranquilliser, je lui ai dit que si cela pouvait la rassurer alors je le ferais. Certaines d’entre elles ont commencé à pleurer et m’ont fait comprendre qu’elles n’espéraient plus me revoir, vu que désormais j’allais partir tuer des gens, faire le jihad islamique!!

 

A ce moment précis, j’avais compris que ma tendre mère et mes soeurs qui ont versé des larmes pour moi m’aimaient et qu’elles avaient peur de me perdre à tout jamais, moi le fils et le frère unique… C’était de l’amour et de l’affection qui se manifestaient dans leurs réactions. J’avais saisi cela. J’essayais par tous les moyens de rassurer ma mère et certaines de mes affectueuses soeurs, mais en vain. Les préjugés étaient si tenaces, tellement tenaces que même aujourd’hui, après huit années de conversion, je sais que certaines de mes soeurs veulent encore que je retourne sur mes pas!! Incroyable, mais tenaces ces préjugés!! Je savais pertinemment qu’il me faudrait énormément de temps, de persévérance pour persuader tout ce petit monde que j’ai pris la meilleure décision de ma vie. Oui, beaucoup de temps…

 

D’ailleurs même aujourd’hui, je me demande si j’ai bien réussi?! Incroyables, mais irréductibles ces préjugés! J’espère du fond du coeur qu’avec le temps, elles vont finir par comprendre le sens profond de ma conviction, et elles vont enfin se rendre compte que je suis loin d’être un fou ou un superficiel…! Je l’espère…

 

Vu sa plus forte personnalité par rapport à mes soeurs ou à ma mère, mon père eut une réaction plus rude. Il essayait de me déstabiliser et de me faire croire que cette religion appartenait aux Arabes et que j’avais fait un très mauvais choix. Bien que je lui aie démontré le contraire, il n’avait rien voulu entendre. De plus, il me disait que j’allais lui imposer ma religion au détriment de la sienne, et que certainement un jour, je lui demanderais d’enlever son autel de prière. Je lui ai solennellement promis que jamais une telle chose ne se produira. Jusqu’à présent, j’ai tenu mon engagement. J’ai su à cet instant que le convaincre serait impossible, alors je lui ai fait comprendre que je ne demandais que du respect pour ma religion, rien de plus.

 

Pas besoin qu’il approuve, mais juste du respect… et c’est ce qu’il fit tant bien que mal.

 

Après ces deux semaines de vacances tumultueuses, je suis retourné seul à Rennes. Dans cette université, je préparais un diplôme d’ingénieur en télécommunication, un domaine qui ne me passionnait pas du tout. Rempli d’informatique, de programmation, d’automatisme… rien que des cours qui me déplaisaient. Je n’avais pas trop le choix vu que j’avais fait très peu de demandes d’orientation après ma maîtrise de physique. Alors il fallait finir les deux années qui me restaient, avec des matières dont j’avais horreur! Malgré tout, c’est bien dans cette ville que j’ai commencé à prier, à jeûner, à apprendre mon islam et à connaître la notion de fraternité…

 

Pour mon premier Ramadan, j’ai bien tenu le coup pour une personne comme moi qui aimait bien la gastronomie! Je me souviens que cette année-là, il y avait énormément de neige dans toute la France! Mais encore, j’avais même jeûné quelques jours avant Ramadan pour m’exercer un peu! Grâce à Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux, j’avais réussi à passer ce test (al-hamdullillah!). D’ailleurs maintenant je me souviens d’un événement. Par ce mois inédit pour moi, beaucoup de généreux frères m’avaient invité à partager leur repas. Cela était très agréable et très chaleureux. Cependant une fois, j’ai été convié par un frère qui me fit entrer dans le salon avec une table qui commençait à se garnir de bons plats. Avec lui, il y avait un autre convive et sa petite fille de 5-6 ans. Pendant ce mois béni pour les musulmans, nous discutions de l’islam, mais toutes les quelques minutes, j’entendais quelqu’un frapper à la porte. Au début, j’ai cru que c’était d’autres invités qui venaient nous rejoindre, mais ce n’était pas le cas. C’était son épouse, à l’abri des regards, qui frappait à la porte de la cuisine pour lui demander d’aller chercher les plats! J’étais perturbé par cette façon de procéder. Alors, j’ai osé demander à mes hôtes si cette attitude était purement islamique. Ils m’ont confirmé avec des hadiths (les paroles et les faits du Prophète) à l’appui, sans hésitation que c’était oui!

 

A ce moment précis, j’étais vraiment troublé! Mettez-vous à ma place, moi qui ai vécu dans cette société occidentale durant toutes ces années, venant à peine de me convertir et je découvre une attitude que je n’avais jamais rencontrée auparavant!! Il était dans ce cas, tout à fait légitime que cela me choque! Ce sujet embarrassant m’a préoccupé pendant des semaines, des mois et des années.

 

Je ne comprenais pas cette affirmation qui me semblait contradictoire? Me suis-je trompé? Vu que je ne cerne pas tous les aspects de l’islam, qui est un domaine aussi vaste que l’univers, ce paradoxe ne serait-il pas seulement apparent? Quelle image auront les autres de nous? De notre religion? Je me questionnais à ce propos. Comment comprendre cette pratique?

 

Est-ce vraiment islamique? Est-ce simplement traditionnel? Pourquoi cet événement m’a-t-il tellement préoccupé? Je pense que c’est par souci de comprendre ma religion et d’essayer continuellement d’acquérir du savoir que j’ai toutes ces réflexions. Mais aussi de comprendre comment les autres nous perçoivent, pour que nous puissions nous améliorer tous les jours. Comment les autres pourront-ils nous juger à travers cette attitude? Peut-être que ces gens-là ne veulent-ils pas vraiment nous connaître? Quoique nous fassions, peut-être qu’ils seront toujours contre nous pour de multiples raisons? Les intolérants et les intégristes ne sont pas forcément là où on le croit, mais plutôt du côté de ceux qui pointent habituellement le doigt vers les autres! Le menteur dit toujours que ce sont les autres qui mentent sauf lui.

 

Le voleur dit toujours que ce sont les autres qui volent sauf lui et ainsi de suite… Toujours est-il, qu’il est laborieux pour ma part de répondre à toutes ces questions. J’espère qu’un jour, Le Très-Haut éclairera mon esprit, incha’Allah. En attendant, du fait que je vis dans une société qui n’a aucun rapport avec l’islam, il faut que je m’adapte et que je m’intègre sans concéder ma conviction. De même pour ma future épouse, j’aimerais qu’elle utilise son droit à exercer sa profession. Mais est-ce le cas pour une femme voilée en Occident, ici sur la terre de la liberté? A-t-elle vraiment ce droit de travailler pleinement dans cette société?

 

J’ai pu constater de visu et en discutant longuement avec des soeurs voilées quelles misères elles vivent en essayant de trouver du travail et de finir correctement leurs études. Ces soeurs martyrisée m’ont également décrit leurs peines face aux remarques et aux réactions désobligeantes des personnes hautement placées… juste à cause de ce bout de tissu sur leur tête? Là-dessus j’essaierai de développer ma vision dans les réflexions suivantes. Comme je l’ai dit, pour l’instant, la souplesse sans concession de mes principes est la solution la plus appropriée et la plus sage que j’aie trouvée pour pouvoir m’épanouir en Occident, sinon je pourrais facilement m’y étouffer…

 

Face à ces interrogations, durant cette année d’études j’essayais de suivre des cours qui m’intéressaient de moins en moins. Je luttais contre moi-même pour ne pas abandonner l’affaire et pour finir les deux années qui me restaient, mais en vain. C’était comme se forcer à avaler quelque chose que l’on n’aimait pas du tout. Avec douleur, j’ai évité cet échec jusqu’au bout…

 

Cependant, ce que je redoutais le plus c’était la réaction de ma famille, surtout de certaines de mes soeurs qui pouvaient me dire que « tout cela était à cause de l’islam, cette religion qui m’a fait perdre la tête! A tel point que je ne savais plus étudier! ».

C’était exactement ce qu’elles m’ont reproché, lorsqu’elles ont su que j’avais abandonné l’école en question. Elles ne m’ont pas raté… Comme si l’échec retentissant que j’avais subi ne suffisait pas, il fallait que certaines en rajoutent. Heureusement, qu’une autre partie des soeurs m’ont exprimé leur compréhension, leur sympathie.

 

Après ce fiasco dans mes études, en attendant de savoir ce que je voulais faire de ma vie, j’étais parti travailler quelques mois pour gagner de l’argent, chez l’un des plus puissants exploitants de l’esclavage moderne, Mc Donald’s. En fin de juillet, une idée a surgi. Je voulais revenir en arrière pour faire une licence de chimie, pour passer plus tard le concours de Capès, qui m’aurait permis d’enseigner dans le secondaire en tant que professeur de physique-chimie. Cette idée paraissait peu pertinente à ma famille et à mon entourage. Certains de mes amis se sont moqués de moi. Mais je me disais au fond: « rira bien, qui rira le dernier … ».

 

Ma mère n’était pas du tout d’accord avec ce projet. Elle tenait absolument à ce que j’aille trouver un travail, que je me marie et fasse autre chose que d’étudier (ce qui est le souci de toute mère affectueuse). Ce que disaient aussi la plupart de mes soeurs. Mais je ne voulais pas abdiquer car je sentais que j’étais capable de m’accrocher encore. C’est alors que j’ai convaincu mes parents de me donner cette dernière chance en m’aidant un peu financièrement jusqu’à la maîtrise, où j’ai trouvé un travail en tant que livreur de pizzas le soir après les cours. Cette année-là, je n’avais jamais mangé autant de pizzas de toute ma vie!! Quel festin pizzarien!! Et j’ai promis à mes parents que si je devais échouer encore, alors cette fois-ci je m’arrêterais pour de bon. Ayant réfléchi, ils me concédèrent cette chance.

 

C’est ainsi que je repartis sur les bancs de l’école. Reprendre la chimie que j’avais abandonnée depuis trois ans! Il fallait revoir les bases que je n’avais pas pratiquées depuis. C’était un vrai défi! Pour prouver d’abord à moi-même que j’en étais capable, puis à ma famille et enfin à mon entourage à qui je devais l’adage « rira bien, qui rira le dernier … ». D’ailleurs aujourd’hui parmi tous ces gens qui se sont moqués de moi, il n’y en a pas eu un seul qui a fait quelque chose de sa vie, dans tous les sens du terme. Bref, ne perdons pas notre temps… laissons les ramassis entre eux.

 

Ma licence de chimie s’est tellement bien déroulée que j’en étais surpris par les notes obtenues. Mes amis libanais m’ont convaincu de poursuivre mon troisième cycle universitaire au lieu de passer le Capès et de ne pas m’arrêter ainsi en si bon chemin, surtout avec ces excellentes notes. Ils me disaient que cela serait dommage de gaspiller une intelligence en s’arrêtant si tôt, car l’islam a besoin de gens instruits et hauts placés dans la société pour défendre sa cause. Ils avaient bien raison. Si j’en suis là, c’est tout de même grâce à eux. Je ne peux l’oublier, je leur suis redevable bien qu’avec leur grande magnanimité, ils ne m’aient jamais rien réclamé en retour. Je leur suis reconnaissant. Je donne toujours à César ce qui lui appartient, autrement cela s’appelle de l’ingratitude ou du vol… Grâce à leurs argumentations, j’ai fini par espérer décrocher mon doctorat.

 

Ils m’ont soutenu tout au long de mes difficultés, ce que n’avait pas fait une partie de mes soeurs. Au contraire, elles envenimaient mes relations avec les parents.

 

A ce propos, je me souviens être intervenu lors d’une dispute entre mes parents. Je l’ai regretté amèrement et me suis promis à l’avenir de ne plus me mêler de leurs affaires, car trop de souffrances y sont passées dans cette histoire. En effet, comme toute dispute, parfois cela dégénère et chacun peut faire et dire des choses qu’il regrette plus tard. Mais cela n’était pas si grave. C’était plutôt la réaction de certaines soeurs qui n’était pas sans conséquences. Au lieu de comprendre que je m’étais interposé pour que cette dispute cesse, elles en ont déduit, depuis ma conversion à l’islam, que j’étais devenu un sauvage, un individu qui n’avait même plus de respect pour les parents!!!! Malgré ma conviction que l’interprétation était fausse, la sentence a tout de même brisé mon coeur. Mes propres soeurs qui me traitaient de sauvage et d’irrespect, moi!! Elles m’ont sous-estimé, dévalué…

 

Cela m’a fait trop mal, c’était trop douloureux de l’entendre. Comme si elles n’en avaient pas assez fait, toujours ce même groupe a coupé le contact avec moi. Plus de nouvelles, plus d’existence d’une partie de mes soeurs durant les six années suivantes. Pourquoi avaient-elles agi ainsi avec moi? Est-ce le fait que je me sois converti à l’islam? Est-ce par sadisme, par méchanceté? Est-ce par bas calcul matérialiste? Est-ce par manque d’amour pour moi?

 

En tout cas, la cicatrice est profonde. Même jusqu’à présent, j’ai du mal à leur pardonner. Si je décide un jour de ne plus leur tenir rigueur de cette cruauté gratuite, je le ferai pour l’amour de ma religion et de mon Seigneur. Personne ne pourra me reprocher de ne pas les excuser dans l’immédiat, car j’ai besoin de temps pour panser cette plaie qui a été ouverte durant de longues années. Une telle cassure ne peut être recollée du jour au lendemain… Cela est impossible… Seul le temps pourra m’aider… Suite à cet échec à l’université de Rennes, j’avais tellement besoin de leur encouragement, de leur soutien moral qui ne me parvenaient jamais. Au contraire, je n’entendais que des critiques et des reproches continuels. Ce groupe m’a lâchement abandonné… En tout cas, Allah m’a guidé vers une autre famille qui a su me donner cette affection, ce support moral et ce confort psychologique qui m’ont permis de réussir. Comme je l’avais déjà mentionné, mes amis libanais m’ont tant apporté. Pour toujours quelque part dans mon esprit, ils resteront gravés, constellés. Je souhaite de tout coeur qu’ils réussissent dans leurs vies, truffées d’obstacles et de rudes épreuves. En écrivant ces quelques mots, je sens mes larmes qui se répandent… Je ne peux les contenir… Je prie Allah de leur ouvrir Son aile de Miséricorde, comme ils l’ont fait avec moi. J’espère qu’ils n’oublieront pas… le petit chinois naïf que j’étais, qui a grandi et mûri à leur côté… Je l’espère…

 

Allah, mon Sauveur, n’a pas cessé de me protéger et de m’orienter. Il est mon secours, mon espoir et le vrai sens de ma vie…

 

al-hamdullillah Rabbi-il-âlamin!