Le chiisme en terme arabe

Le chiisme en terme arabe « shi’a » désigne à l’origine un groupe de partisans.
Dans le Coran, ce terme est utilisé plusieurs fois dans ce sens. Par exemple, dans le verset 28 : 15 où les partisans de Moïse sont décrits par chiites. Ailleurs, Abraham est introduit comme un chiite de Noé (verset 37 : 83).

Au commencement de l’histoire islamique, le terme  » shî`ite  » fut utilisé dans son sens originel ou littéral pour désigner des partisans de différentes personnes par exemple les chiites d’Ali ibn Abî Tâlib et ceux de [[Muawiya Ier|Muawiya ibn Abi Sufyan]]. Cependant, le terme a acquis graduellement le sens secondaire de partisans d’Ali, ceux qui croient en son imamat. Dans son Al-Firaq al-Shî`ah, Hasan ibn Musa al-Nawbakhti, savant chiite, écrit :

 » Les chiites sont les partisans de Ali. Ils sont appelés « Les chiites de Ali » durant et après la vie du Prophète et sont connus comme les partisans de Ali et croient en son Imamat  »

. Cheikh Moufid, un des premiers érudits chiites, définit les chiites comme étant ceux qui suivent Ali et croie nt en sa succession immédiate après Mahomet. En expliquant pourquoi les chiites sont aussi appelés  » Imàmîyah « , il dit :

 » C’est un titre pour ceux qui croient dans la nécessité de l’imâmat et de sa continuité en tout âge, et que chaque Imâm doit être explicitement désigné, et doit aussi être impeccable et parfait  »

. Mahomet al-Shahrastani, dans son Al-Milal wa al-Nihal, une source sur les différents groupes en islam, écrit :

 » Les chiites sont ceux qui suivent Ali en particulier et qui croient en son Imâmat et califat selon les directives explicites et les volontés du prophète Mahomet  »

. C’est une définition très précise, étant donné que les chiites eux-mêmes croient que la raison de suivre Ali est motivée par l’exigence du Prophète.

Ainsi, on peut dire que les chiites sont ceux qui ont les croyances suivantes sur la succession de Mahomet :

1. La succession de Muhammad est une désignation divine.

2. Comme Muhammad a été choisi par Dieu, son successeur ou imam doit aussi être choisi par Dieu et puis inspiré à Muhammad.

3. Le successeur immédiat de Muhammad est Ali.

(dans l’ordre des bénédictions sur les descendants d’Abraham.)

Nomination du successeur
Les chiites pensent que des personnes choisies parmi la famille de Muhammad (les imams) étaient la me illeure source de connaissance à propos du Coran, de l’islam, de l’émulation (les successeurs de la mission prophétique après Mahomet) et les protecteurs les plus fervents de la sunnah de Muhammad. Une tradition prophétique (rapportée aussi bien par les sunnites que les chiites) l’atteste: « Je suis la cité du savoir, Ali en est la porte. Celui qui veut le savoir ainsi que la sagesse qu’il passe donc par la porte ». Il faut noter que le symbolisme de la porte est fréquent dans les différentes traditions initiatiques.

En particulier, les chiites reconnaissent la succession de Muhammad par Ali ibn Abi Talib (son cousin, gendre et premier homme à accepter l’islam -après Khadidja- et aussi un des cinq membres de l’Ahl al-Bayt ou  » gens de la maison du prophète « ). Au contraire, les musulmans sunnites reconnaissent le califat. Les chiites croient que Mahomet a désigné Ali comme son successeur en de nombreuses occasions, et qu’il est donc le guide spirituel des musulmans, selon la mission divine révélée à Mahomet.

La principale nomination fut le jour d’al-Ghâdir et dans de nombreux autres endroits. Le jour d’al-Ghad îr, après le pèlerinage de l’adieu, Muhammad annonça solennellement et devant des milliers de pèlerins venus du monde entier[réf. nécessaire] le discours suivant et l’un des plus importants : Traduit en français :

 » ? qui je suis un Maître (Mawla), Ali est son Maître (Mawla). Mon Seigneur, allié de celui qui s’allie à lui, hais celui qui le hait, glorifie celui qui le glorifie, délaisse celui qui le délaisse, et laisse le droit et la justice avec lui où qu’il soit  »

Cette différence entre la reconnaissance du pouvoir de l’Ahl al-Bayt (la famille de Muhammad) ou du calife Abou Bakr a modelé les doctrines chiites et sunnites à propos du Coran, des hadiths et d’autres points. Par exemple, la collection des hadiths reconnus par les chiites se fonde sur des narrations faites par l’Ahl al-Bayt alors que les hadiths de narrateurs ne faisant pas partie de la famille de Muhammad sont considérés comme pouvant être discutés (ceux de Abu Huraira par exemple).

Selon les chiites, le Prophète a désigné explicitement Ali comme son Successeur (Imâm ou Calife), qui assumera la responsabilité à la fois de gérer l’empire et de guider les croyants dans leur vie spirituelle après trois autres califes. Aurait-il dû être choisi plus tôt ?  » En effet, comme le remarquera Jean-Paul Roux, il ne manque pas de titres. Il est cousin du Prophète : son père a élevé Muhammad quand celui-ci est devenu orphelin ; il est l’un des premiers convertis ; il a épousé Fâtima, fille de Mahomet et, par elle, à lui qui n’avait pas de fils, il a donné ses deux seuls petits-enfants mâles, Hasan et Hussein.  »

En dehors des considérations sur le califat, les chiites reconnaissent l’autorité de l’imam (aussi appelé Khalifat Allâh) en tant qu’autorité religieuse, bien que les différentes branches de l’islam chiite ne soient pas d’accord sur la succession de cet imam et de son successeur (les duodécimains, ismaéliens ou zaydites par exemple).

Origine
Sur le chemin de retour de son pèlerinage d’adieu, Muhammad fit une halte à mi-chemin entre La Mecqu e et Médine au lieu dit Ghadir Khumm. Là, au cours d’un sermon, Muhammad annonça sa fin prochaine. Dans le hadith, dit Hadith de Ghadir Khumm, rapporté par Muslim, Mahomet aurait dit qu’il laissait derrière lui deux choses importantes : la première c’est le livre de Dieu (Le Coran) et la seconde c’est ma descendance.

? la mort de Muhammad en 632, le Prophète était le chef de l’Oumma d’un territoire devenu un important ?tat en seulement quelques années. La question de sa succession fut à l’origine du premier grand schisme de l’islam. La plupart des Muhajirun, les premiers musulmans, voyait en Ali, gendre et cousin de Mahomet, l’unique successeur légitime de celui-ci. Mais les chefs des tribus arabes, anciens ennemis de Muhammad, réunis secrètement à Saqifah sans la connaissance de Ali, décidèrent de choisir un calife parmi eux. Ils obtinrent gain de cause et c’est finalement Abou Bakr qui fut désigné premier calife (guide spirituel et temporel de la communauté).

Abou Bakr décida de désigner son successeur, au lieu de permettre aux musulmans de l’élire. Le deuxième calife – Omar ibn al-Khattab – désigna, à son tour, un conseil de six personnes pour choisir en son sein le prochain calife selon une procédure très stricte, qu’il avait mise au point. Uthman ben Affan, nommé troisième calife fut assassiné en 656, à la suite d’une révolte populaire. Ali fut, enfin, désigné à la tête de la communauté. Malgré ses titres et ses exploits, son califat se déroula dans le tumulte et son pouvoir fut contesté : une partie du clan des Omeyyades (lié au défunt calife Utman) et la veuve de Mahomet Aïcha, réclament sa déchéance. [[Muawiya Ier|Muawiya ibn Abî Sufyan]], gouverneur de Damas et chef du clan des Omeyyades rompit son pacte avec Ali et se souleva dans le but de devenir calife. Son armée rencontre celle de Ali à Siffîn – sur les rives de l’Euphrate – en 658. Ce dernier était sur le point de l’emporter quand les troupes de Muawiya brandirent des feuillets du Coran au bout de leurs épées et réclamèrent un arbitrage, qu’Ali accepta.

Cet arbitrage avait pour objectif de dire si Uthman avait mérité d’être assassiné pour avoir manqué aux règles du livre sacré. Une partie des hommes d’Ali – les Kharidjite – se révoltèrent, reprochant à Ali d’avoir consenti à la procédure de l’arbitrage. Cette révolte fut fortement réprimée par Ali et la majorité des Khârijites mourut à la bataille de Nahrawan ; un de leurs survivants se vengea en assassinant Ali, en 661, avec une épée enduite de poison, alors qu’il faisait sa prière dans la mosquée. La bataille de Siffin a été décisive car elle a marqué le début d’un regroupement favorable à Ali et à ses descendants sous le nom de Shî`at Ali (« le parti de Ali »), qui ne s’est vraiment structuré qu’au IXe siècle. Il implique, dès ses origines, une fidélité à la famille de Mahomet et à ses descendants.

Ce conflit de succession a engendré une scission fondamentale au sein de l’islam : d’une part, les chiites reconnaissent Ali comme premier successeur légitime de Mahomet. Avec ses deux fils – Hasan et Hussein – qui lui succèdèrent – a commencé pour les chiites la lignée des imams. De l’autre, les sunnites majoritaires ne voient en Ali que le quatrième calife. Les sunnites se sont ainsi ralliés au clan des Omeyyades. Les particularités doctrinales et les différences théologiques entre ces deux courants reposent donc sur une querelle du succession. Ces courants religieux se sont donc construits sur un socle politique.

Le sunnisme vient du mot « Sunna », c’est-à-dire la tradition du Prophète, qui comprend ses paroles, ses actes et ses pratiques. Ils considèrent que le Coran (la parole divine) n’a pas été créé et que l’univers et l’Histoire sont prédéterminés. ?tre sunnite revient davantage à perpétuer mimétiquement la tradition de Muhammad ; selon ce courant, le cycle de la prophétie s’est clos avec lui. Le chiisme pratique la méthode du Kalam (raisonnement déductif), qui insiste sur le raisonnement, l’argumentation, le libre arbitre et le caractère créé du Coran, à l’opposé du sunnisme.

Les chiites croient en la liberté de la volonté individuelle. L’existence dépend de la présence d’un imam, vivant intercesseur entre le monde spirituel et temporel, entre Mahomet et les croyants. L’imam est doté, dans le cadre de l’exégèse du Coran de la « connaissance » et de « l’infaillibilité ». Le Coran a un sens évident et un sens « caché » qu’il faut étudier, et que les imams sont chargés de transmettre aux fidèles les plus méritants. Cette importance accordée à l’imam n’a pas d’équivalent dans le sunnisme et explique l’organisation, la hiérarchisation et l’autorité du clergé chiite (par exemple, en Iran). Le chiisme attend et prépare l’arrivée du Mahdi, sorte de Messie qui « comblera la terre de justice et d’équité autant qu’elle est actuellement remplie d’injustice et de tyrannie ». Cette attente, qui implique souvent chez les chiites un rejet de l’ordre actuel (hérité de la querelle de succession autour d’Ali et aggravé par les évènements ultérieurs) et la préparation de l’arrivée du Mahdi, est un facteur de déstabilisation.

? la mort d’Ali, les chiites ont reconnu son fils Hasan comme successeur au califat. Pour les ismaéliens, Hasan a été désigné comme imam temporaire (Imâm-i mustawda`) alors que Hussein était effectivement l’imam permanent (Imâm-i mustaqarr). Hasan, contraint d’accepter l’autorité umayyade, vécut paisiblement à Médine; mais il posa au calife deux conditions : vous devez m’obéir pour faire la guerre ou contracter la paix. En fait, Hasan estimait qu’il n’avait pas les moyens de se battre contre l’armée de Mu`âwiya. Il envoya des émissaires en secret pour négocier une reddition honorable avec Mu`âwiya. Les conditions étaient telles que ce sera Hussein qui succèdera à Hasan après sa mort et que leurs rentes ne seraient pas interrompues. Quelques années plus tard, Hasan meurt en 670. Le second fils de Ali, l’imam Hussein rompit avec la dynastie ommeyade dès que Mu`âwiya associa au pouvoir son fils Yazîd Ier en 678, jugé impie, débauché et ivrogne. Après que toute l’Ummah à l’exception de Abd Allah ibn Al Zubayr et Al Hussein ait prêté allégeance, à Yazid, les deux dissidents se réfugièrent à La Mecque. Recevant des lettres de la ville irakienne d’Al Kufa, lui promettant 18 000 combattants, Hussein dépêcha son cousin Muslim Ibn Aqil.

Prévenu par ses partisans, Yazid destitua le gouverneur mou d’Al Kufa, Nuuman Ibn AlBachir, et le remplaça par son cousin intraitable UbaidAllah Ibn Ziad. Celui-ci avec 20 policiers et 10 nobles assiégés dans le palais du gouvernorat, réussit à casser la volonté des koufis par des promesses d’argent ou de destruction. La nuit-même, Muslim fut abandonné à lui-même et erra dans les ruelles d’Al Koufa. Humilié et effaré, il sera hébergé par une vieille femme, sera dénoncé par le fils de celle-ci et exécuté par UbaidAllah. Entre temps, décidé à rejoindre ces troupes promises et contre l’avis d’Ibn Umar l’appelant à l’obéissance, Ibn Abbas, à plus de préparation militaire, d’Ibn Zubayr, désirant garder un allié de poids à La Mecque, Al Hussein partit avec 72 hommes de sa famille et partisans ainsi que toute sa famille élargie (200 femmes et enfants). Apprenant la mort d’Ibn Aqil en cours de route, Al Hussein cède aux frères de Muslim qui exigent de venger leur frère et continue son expédition. Il confisque également en cours de route, l’argent de l’impôt des musulmans du Yémen apporté par une caravane à Yazid. Le 10 octobre 680, UbaidAllah Ibn Ziad ordonne à Umar Ibn saad d’aller à la rencontre d’Al Hussein avec son armée. La jonction de l’armée Omeyyade forte de 4000 hommes (majoritairement koufis) et des 40 fantassins et 32 cavalier d’Al Hussein se fera à Karbala.

Al Hussein donna le choix à Umar Ibn Saad de le laisser repartir à La Mecque ou aller guerroyer en jihad contre les ennemis de l’islam ou la confrontation militaire. Pour sa part, Umar ibn Saad recevra en réponse un ordre formel de Ubayd Allah de, soit le conduire enchaîné à Da mas pour faire allégeance ou Yazid, soit de lui faire la guerre. La bataille dura trois jours, pleine de péripéties, contés avec ferveur par les conteurs chiites. Car ce qui est sûr, ce que tous les chiites hommes ont été tués durant la bataille soit 72 personnes, à l’exception de Ali ibn Al Hussein dit Zine Al Abidine, lui-même malade et confiné à l’intérieur d’une tente avec ses tantes. Il existe toute une hagiographie, sur le courage et la valeur guerrière d’Al Hussein. Après une demi-journée d’hésitations, où chaque combattant ommeyade ne voulait pas être celui qui tue le petit fils de Mahomet, Shamr Ibn Al Jawshan lui coupa la tête. Ibn Saad empêcha Shamr et UbaydAllah de tuer Zine Al Abidine, disant qu’il était malade et ne représentait aucun danger. La tête fut conduite avec les femmes et les enfants au palais de Yazid, à Damas. Chaque dixième jour du mois lunaire de Mouharram, les chiites commémorent cette défaite par l’Ashûra, et se flagellent ou se coupent en signe de contrition pour avoir abandonné Al Hussein à Kufa.

L’unique survivant homme de Hussein, l’imam Ali Zayn al-Abidin, de ce fait, était aussi reconnu comme le dépositaire du savoir divin. Durant sa vie, il ne prit part à aucune action politique. En consultant les premières œuvres historiques majoritairement sunnites et en s’appuyant sur des sources plus tardives duodécimaines et ismaéliennes, une relecture de l’histoire nous dévoile une vision plus réaliste et plus critique de l’origine du chiisme originel. La formulation embryonnaire de la doctrine de l’imamat a émergé durant cette période tumultueuse entre Ali ibn Abî Tâlib et Zayn al-`?bidîn. Durant cette période l’aspect le plus profond et fondamental des principes de la foi shî`ite a été exposé. L’imam Muhammad al-Baqir jouissait d’un rôle prestigieux. De plus, son rôle en tant qu’imam de la jeune communauté chiite était crucial car la communauté vivait de multiples scissions. Il était un érudit qui était versé dans toutes les connaissances aussi bien religieuses (Coran, sunnah, hadith, etc.) que philosophiques et scientifiques.

Le destin tragique d’Hussein secoue une partie de la conscience musulmane et provoque une détermination à combattre jusqu’au bout pour un idéal de pouvoir juste et respectueux des principes fondamentaux de l’islam. Le martyre devient un symbole de la lutte contre l’injustice, selon le credo chiite. Le cœur du chiisme est dans ce massacre, d’où le culte des martyres. Tous les descendants de Hussein vont avoir un destin tragique, tel que la prison sur ordre du calife.

La scission entre chiites duodécimains et ismaéliens, les deux plus grands groupes de ce courant, eut lieu à la mort du 6e Imam Jafar as-Sadiq en l’an 765.

De nos jours, le chef de la communauté musulmane est, pour les sunnites, le calife : un homme ordinaire (et non proche de Dieu), élu par d’autres hommes dans la communauté des fidèles. Leur système religieux est moins hiérarchisé que celui des chiites. Depuis leur sécession, ceux-ci (ceux qui « prennent le parti » d’Ali) accordent beaucoup plus d’importance à leurs dirigeants religieux que les sunnites ; ils considèrent que la communauté musulmane ne peut être dirigée que par les descendants de la famille de Mahomet, des imams qui tirent directement leur autorité de Dieu.