Imam Muhammad al-Jawad (que la paix soit sur lui)

Titre: al-Taqi [le pieux]; al-Jawad [le généreux]
Kunya: Abu Ja’far, al-Thani (le second); Ibn al-Ridha

Père: Ali ibn Musa al-Ridha (Que la paix soit sur lui)

Naissance: 10 Rajab, 195 AH / 811 CE à Médine, région du Hedjaz dans la péninsule arabique
Mort: fin du Dhu al-Qidah (qui peut tomber le 29 ou le 30, selon l’observation de la lune), 220 AH / 835 après avoir été empoisonné par al-Mu’tasim

Age au Martyr: 25

Période d’Imamat: 17 ans

Enterré: Kadhimayn, Bagdad, Irak

Le neuvième Imam

Après le martyre de l’Imam al-Ridha, le dirigeant abbasside Ma’mun s’est installé à Bagdad. Un jour, Ma’mun partit à la chasse à la périphérie de la ville. Après avoir dépassé les limites de la ville, il a vu un groupe de jeunes garçons jouer alors qu’un autre garçon se tenait près d’eux.
À l’approche de Ma’mun, tous les garçons se sont enfuis sauf le garçon de neuf ans qui se tenait là. Ma’mun s’approcha alors et demanda au garçon: « Jeune homme! Qu’est-ce qui vous a empêché de fuir comme vos amis l’ont fait ?!  »

Le garçon répondit promptement: « Mes amis se sont enfuis par peur; tandis que les pensées de vous devraient être positives (dans le sens où) celui qui n’est pas en faute ne devrait pas vous fuir; et la route n’était pas (trop) étroite de sorte que je devrais me déplacer sur le côté.  »

Ma’mun a été impressionné par les mots et les traits radieux du jeune homme. « Quel est votre nom, jeune homme? » Demanda Ma’mun. Le garçon a répondu, avec le souvenir de son père empoisonné encore frais dans son esprit, « Muhammad, fils d’Ali al-Ridha. » [i]

Le neuvième imam, Mohammed, fils d’Ali, fut le premier parmi les douze imams immaculés à commencer activement son rôle de représentant divin alors qu’il était encore enfant. Comment était-ce possible? Même quand l’Imam al-Jawad n’avait que trois ans, l’Imam al-Ridha a défendu le futur imam en disant: « Qu’est-ce qui ne va pas avec ça? En effet, Jésus a accompli la preuve (en tant que témoin sur la création) quand il avait moins de trois ans. « [ii]

Imam Muhammad al-Jawad

« … L’Imam après moi est Muhammad, mon fils … » [iii] Telles étaient les paroles de l’Imam al-Ridha, annonçant la bonne nouvelle du futur imam. Cet Imam élèverait la bannière du leadership divin même en tant que jeune garçon. En effet, il a hérité des connaissances spirituelles et des conseils des premiers imams.

Deux des titres les plus connus de l’Imam étaient al-Taqi (le pieux) et al-Jawad (le généreux). Les dons de l’Imam Muhammad al-Jawad n’étaient nullement limités à la richesse monétaire. Au contraire, sa bienveillance se manifestait également dans la manière dont il transmettait la connaissance et la gentillesse à la fois aux amis et aux ennemis … [iv]

Après que Ma’mun ait secrètement empoisonné l’Imam al-Ridha (P), il a essayé de dissimuler son crime en montrant des signes de deuil et de tristesse en public. Cependant, ces actes ne trompaient pas les proches compagnons de l’Imam al-Ridha et il devint rapidement clair pour les chiites que l’imam al-Ridha avait été assassiné par nul autre que Ma’mun.

Ma’mun, craignant les représailles chiites, imagina un autre de ses complots sournois. Imam Muhammad al Jawad a été emmené de force de Madinah à Bagdad et surveillé de près. Afin de paraître du côté de l’Imam al-Jawad et de garder un œil sur lui, Ma’mun s’est arrangé pour que sa fille épouse l’Imam. [V], [vi]

De nombreux Abbassides se sont opposés à l’accord de mariage. Ils se sont plaints que le jeune homme ne pouvait pas avoir suffisamment de connaissances et de compréhension pour être un époux approprié. Mais l’imam Muhammad al-Jawad était obligé de réfuter cette hypothèse assez tôt. [Vii]

Chasse en état d’Ihram

Mamun a accepté de permettre aux Abbassides de tester les connaissances de l’Imam al-Jawad. Par conséquent, les Abbassides ont choisi l’un des érudits les plus remarquables de leur époque pour poser à l’Imam al-Jawad une question complexe en droit islamique. Le domaine du droit qui a été choisi était le pèlerinage (hajj), qui est nettement complexe par rapport aux autres régions du fiqh. La question portait sur un muhrim (quelqu’un dans l’état rituel de l’Ihram), qui est interdit à un certain nombre d’actions normalement autorisées. Le savant abbasside a demandé: « Que dites-vous … d’un muhrim qui chassait (une sorte de) proie? »

Le jeune Imam al-Jawad a répondu avec éloquence à une ventilation détaillée des différentes branches auxquelles la question pourrait s’appliquer. « Le muhrim a-t-il chassé au-delà ou à l’intérieur du sanctuaire? Le muhrim était-il compétent ou ignorant? Le muhrim a-t-il chassé intentionnellement ou par erreur? Le muhrim était-il libre ou un serviteur? Était (le muhrim) jeune ou âgé? …  »

Après que l’Imam al-Jawad ait divisé la question en onze sous-sections distinctes, l’érudit abbasside fut déconcerté et commença à trébucher sur ses paroles. À ce stade, le public a réalisé la gravité de leur fausse hypothèse à propos du jeune imam.

Quand l’Imam al-Jawad a expliqué la réponse à chaque branche de la question initiale, c’était à son tour de poser une question au savant abbasside … Après avoir entendu la question, l’érudit abbasside était encore une fois abasourdi. Il a demandé à l’Imam al-Jawad de lui expliquer la réponse et l’Imam l’a fait. Des échanges répétés, comme celui-ci, ont éliminé les doutes que certains ont pu avoir quant au mérite intellectuel supérieur de l’Imam al-Jawad … [viii]

Le voleur non excusé

Un abbasside nommé Mu’tasim est arrivé au pouvoir après la mort de Ma’mun. Il a veillé à ce que l’Imam al Jawad soit amené à Bagdad une fois de plus, car le Saint Imam était depuis revenu à Médine. Mu’tasim avait pris conscience de l’influence grandissante de l’Imam al-Jawad dans le monde musulman. Craignant que les nobles qualités de l’Imam al-Jawad et son éminence spirituelle ne menacent son règne, Mu’tasim surveilla très attentivement les activités de l’Imam. Bien que la mobilité de l’Imam al-Jawad ait été limitée, elle a également offert au neuvième Imam l’occasion de propager des connaissances dans la cour des Mu’tasim. [Ix]

Une telle opportunité a eu lieu lorsque Mu’tasim a demandé à l’Imam al-Jawad de prendre en compte la peine d’un voleur non excusé. Basé sur les directives de Dieu à l’humanité, Mu’tasim et les érudits de sa cour savaient que la «main» du voleur devait être coupée. Mais la définition et les limites du mot «main» étaient le sujet de discussion.

Mu’tasim a d’abord demandé aux érudits de sa cour leurs opinions, ainsi que des preuves à l’appui. Certains chercheurs ont dit que la main, jusqu’au poignet, devait être coupée. D’autres ont dit que la main, jusqu’au coude, devait être coupée. Chaque juriste a présenté ses preuves mais Mu’tasim n’était pas satisfait.

Après que Mu’tasim eut insisté pour que l’Imam al-Jawad présente son opinion, le neuvième saint Imam dit que tous les érudits de Mu’tasim se sont trompés. Même la paume de la main d’un voleur ne devait pas être coupée. Comme l’explique l’Imam, sa preuve était basée sur « les paroles du Messager de Dieu »: la prostration est effectuée sur sept parties (le corps): le visage, les deux mains (signifiant: les paumes), les deux genoux et les (deux) pieds. » Si la main (de la personne) est séparée du poignet, ou le coude, (la personne) n’aura plus de main (signifiant: paume) pour se prosterner; et Dieu – le Bienheureux, l’Exalté – a dit: «Les lieux de culte (la prosternation) appartiennent à Dieu», c’est-à-dire ces sept parties du corps sur lesquelles on se prosterne. ] Ce qui appartient à Dieu n’est pas coupé.  »

Martyre de l’Imam al-Jawad

Les savants de la cour de Mu’tasim se sont sentis humiliés par l’épisode du voleur non excusé. Certains de ces érudits ont approché Mu’tasim et ont tenté de le convaincre que la façon dont il avait pris parti pour l’Imam al-Jawad pouvait compromettre son emprise sur le pouvoir. Mu’tasim, réalisant le danger de son règne et suivant les traces des dirigeants abbassides avant lui, décida d’assassiner l’Imam. [Xii]

Le Mu’tasim corrompu a finalement exécuté sa mauvaise volonté et a fait empoisonner l’Imam Muhammad al-Jawad. Le Saint Imam avait à peine plus de vingt-cinq ans. L’imam al-Jawad a été enterré près de son grand-père, l’imam Musa al-Kadhim, dans l’actuel Kadhimiyya. [Xiii]

 

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[i] Pg. 103 de al-A’immah al-Ithnay ‘Ashar par Sh. Ja’far Subhani
[ii] Pg. 21, Vol. 50 de Bihar al-Anwar par ‘Allamah Majlisi
[iii] Pg. 266, Vol. 2 de Uyun Akhbar al-Ridha par Sh. Saduq
[iv] Pg. 473 de Sirat al-A’immah par Sh. Ja’far Subhani
[v] Pg. 474 de Sirat al-A’immah par Sh. Ja’far Subhani
[vi] Pg. 496-498 de Sirat al-A’immah par Sh. Ja’far Subhani
[vii] Pg. Pg. 486 de Sirat al-A’immah par Sh. Ja’far Subhani
[viii] Pg. 487-489 de Sirat al-A’immah par Sh. Ja’far Subhani
[ix] Pg. 502 de Sirat al-A’immah par Sh. Ja’far Subhani
[x] Quran 72:18
[xi] Pg. 490-491 de Sirat al-A’immah par Sh. Ja’far Subhani
[xii] Pg. 502 de Sirat al-A’immah par Sh. Ja’far Subhani
[xiii] Pg. 106 de al-A’immah al-Ithnay ‘Ashar par Sh. Ja’far Subhani