Regard sur les récents propos du cheikh Qardaoui et du roi d’Arabie saoudite

Regard sur les récents propos du cheikh Qardaoui et du roi d’Arabie saoudite La Révolution islamique, porte-étendard de l’unité du monde musulman

C’est intéressant de savoir que ce religieux sunnite modéré a repris ces propos lors des prédications du vendredi 26 janvier et en évoquant sa démarche d’expédier une délégation vers l’Iran, a implicitement accusé les autorités iraniennes de haut rang d’être responsables de la poursuite des conflits en Irak…

Dans la première partie de cet article, nous avons souligné, dans un thème composé de 10 sous-titres, que l’un des principes axiaux de la révolution islamique et de l’ordre de la République islamique, malgré son origine chiite, était de servir le monde musulman tout entier, et même si l’attraction de la révolution a fait que beaucoup de monde fût tourné vers le chiisme, cela ne voulait pas dire que la révolution ou le clergé chiite ait déployé des efforts organisés dans ce droit fil, juste comme la force de gravitation créée par la Résistance islamique libanaise dirigée par le Hezbollah.

 

La présence héroïque et puissante du Hezbollah sur la scène et la réussite des Musulmans irakiens, notamment de la majorité chiite, à faire valoir certaines parties de leurs droits, après des dizaines d’années d’oppression sont à considérer comme facteurs de consolidation des musulmans, et on ne doit pas en faire une analyse destinée à diviser la communauté musulmane. C’est malheureusement un pas qui avait été franchi par le roi Abdullah de Jordanie, et Hosni Moubarak, président égyptien, et certains médias inféodés ou inconscients de la région.

 

C’est un acte malveillant et en effet, un complot évident tramé par les Américains qui vise à diviser les Musulmans. Certains éléments stipendiés aux Etats-Unis, dans la région multiplient ce genre d’action afin de barrer la route à l’élargissement de l’Islam pur mohammadien et à l’unité des Musulmans, (élargissement qui se fait en respect des frontières de chaque pays et de son système politique), et tout le monde sait que la division des Chiites et des Sunnites, quel qu’en soient les prétextes, ne profite qu’aux Etats-Unis et au régime usurpateur d’Israël et ne fait qu’étendre la domination des puissances hégémoniques sur la région et le monde islamique.

 

Mais la situation en Irak et au Liban et même l’exécution d’un criminel comme Saddam qui avait fait tant de dégâts et de malheur à la région, ont fourni l’occasion aux ennemis avertis et aux amis ignorants d’attiser encore le feu des conflits interconfessionnels, malgré les événements qui se produisent en Irak et la mort quotidienne des dizaines, voire des centaines d’innocents dont une partie sont des chiites.

Entre-temps, l’entrée en scène manifeste du roi Abdullah d’Arabie saoudite ainsi que du cheikh Youssef Qardaoui, le grand savant reconnu de la région a vraiment surpris.

 

L’opportunisme des ennemis et des éléments inféodés de la région et la place qu’occupent ces deux dernières personnalités et leur implication dans une affaire névralgique, avec une logique qui leur est propre, ont attiré l’attention, voire l’accueil de certains milieux politiques, religieux et médiatiques de la région, dont surtout des milieux arabes.

 

Il existe certes, dans le positionnement de ces deux dignitaires, des points positifs, mais le point commun et injuste de leurs propos réside dans les accusations sans fondement qu’ils portent contre leurs frères chiites, notamment en Irak et en Iran, s’adressant sans ambages au clergé et au monde chiites; notamment ceux d’entre eux qui ont des responsabilités dans la révolution et l’ordre de la République islamique, ou au moins, tel est le sentiment qu’ont les auditeurs et les lecteurs de ce genre de propos.

 

Nous résumons ici les propos de ces deux personnalités, et comme promis, nous ferons quelques remarques là-dessus, même si le texte même de ces propos montre jusqu’où peuvent aller les complots des ennemis, et combien les dirigeants du monde musulmans ont besoin, dans leurs points de vue, de perspicacité et de mesure.

 

Morceaux choisis des propos du cheikh Qardaoui

Une conférence intitulée « Le Rôle du rapprochement islamique dans l’unité » fut organisé du 20 au 22 janvier 2007 à Doha, par la faculté de la charia du Qatar et en partenariat avec l’université égyptienne Al Azhar et l’assemblée mondiale du rapprochement des écoles islamiques, en présence de plus de 200 savants et chercheurs et ministres de 44 pays. Mr.Qardaoui, dans des propos prononcés lors de cette conférence, tout en mettant en garde contre la division entre les Chiites et les Sunnites, avait, en même temps, rejeté la responsabilité des événements de l’Irak aux chiites, car d’après lui, le gouvernement et l’armée sont contrôlés par ces derniers. Il avait même accusé l’Iran d’être l’un des responsables d’une telle situation, car toujours d’après lui, l’Iran avait les moyens d’éteindre le feu de ces troubles!

Par ailleurs, Qardaoui a fait allusion à certains actes des chiites qui selon lui, visent à pénétrer dans les communautés majoritairement sunnites. Il a ajouté :  » Il n’est pas bon qu’une religion fasse de la propagande dans des pays qui sont pour leur grande majorité d’une autre religion. », car, toujours selon lui, cela ne fait que susciter des troubles. En marge de cette conférence, cheikh Qardaoui lors d’un point de presse, en déclarant que tous ces actes visaient les sunnites irakiens, a parlé d’une délégation qu’il avait l’intention d’envoyer en Iran pour s’entretenir là-dessus avec les autorités iraniennes.

 

Ces propos de Qardaoui ont naturellement provoqué des réactions différentes. Par exemple, la délégation iranienne présente au Qatar et dirigée par l’ayatollah Mohammad-Ali Taskhiri, faisant la critique des propos du cheikh Qardaoui , a qualifié d’infondées ces accusations, demandant à l’autre partie d’éviter de frapper d’anathème le chiisme et de le considérer comme découlant de la dynastie safavide. La délégation iranienne a également assuré qu’il n’existait aucun plan pour convertir les autres au chiisme, et s’il y quelque chose, ce ne sont que des initiatives personnelles, et non pas un plan organisé et planifié d’avance.

Mais, au dernier jour de la conférence, cheikh Qardaoui a réitéré ses propos, appelant les chiisme à prendre une position claire au sujet de l’offense faite aux Compagnons du Prophète, ajoutant que le courant propagandiste du chiisme était bien organisé, avec un budget défini. Il a également tenu pour erroné le fait de propager le chiisme parmi les Palestiniens, qui selon lui, ne fera que compliquer leurs difficultés. Il a encore insisté que la clé de la crise irakienne était entre les mains des Iraniens qui, dit-il, y ont des bras longs.

 

C’est intéressant de savoir que ce religieux sunnite modéré a repris ces propos lors des prédications du vendredi 26 janvier et en évoquant sa démarche d’expédier une délégation vers l’Iran, a implicitement accusé les autorités iraniennes de haut rang d’être responsables de la poursuite des conflits en Irak. Il a bizarrement accusé les miliciens chiites irakiens d’être à l’origine des violences contre la communauté sunnite ajoutant : « Quiconque s’appelle Omar ou Osman est tué par des escadrons de morts qui ont des armes et des munitions! »

 

Qardaoui s’est même adressé aux partis kurdes et en appelant les dirigeants kurdes par leur nom, leur a demandé d’user de leur influence et d’agir en médiateurs, indiquant que ces derniers devaient combattre ceux qui n’acceptent pas la médiation, qualifiés par lui de rebelles qui se soulèvent contre l’Etat islamique. Il a ajouté : je pense que la communauté sunnite ne refusera jamais la médiation, car elle est opprimée et agressée, ce sont selon lui, eux, qui sont enlevés de leur maisons et assassinés.!! »

 

Monsieur Qardaoui ne s’est pas contenté de ça, appelant tous les dirigeants islamiques d’entrer en scène et de soutenir la communauté sunnite qui est en train d’être éliminée. Pour lui, il s’agit là d’une obligation religieuse et d’une nécessité. Ainsi, la première réponse positive à cette demande du cheikh Qardaoui vint du roi saoudien, et cela comme un lien entre la religion et la politique qui fait rejoindre les gouvernants opportunistes et les érudits inconscients!

 

Quelques morceaux des propos du roi d’Arabie Saoudite

Le roi Abdullah d’Arabie Saoudite, lors d’une interview avec le quotidien koweitien Assyassa, le 27 janvier dernier, a évoqué ce sujet. Répondant à une question sur la ligne modérée au royaume saoudien, le roi Abdullah dit :  » Naturellement, nous sommes pour la modération, car elle est l’essence même de l’Islam. Avec ce slogan, nous avons voulu éloigner notre société d’extrémisme, des actes terroristes et des concepts excommunicateurs. La modération est une chose dont a besoin notre région et ce au nom de l’Islam, une religion qui est vraiment exempte de tous ces actes violents. Les textes sont commentés en dehors de leur vrai sens et de ce que Dieu lui-même entendait dire. Nous avons traversé les difficultés. Notre peuple croit à la modération et croit à l’obéissance à leur « tuteur religieux ». Et c’est une chose préconisée et prescrite par notre religion.

 

Grâce à Dieu, c’est la lignée modérée qui l’a emportée, et ceux qui voulaient entraîner la société dans des chemins qui n’ont rien à avoir avec la religion, ont été échoués et déçus.

 

En déclarant ensuite que le monde arabe doit lui-même régler ses problèmes pour que selon lui, les autres ne font pas commerce avec les affaires arabes et les fassent servir à leurs fins dans les défis internationaux, le roi saoudien prend l’exemple de la question palestinienne que, d’après lui, les Arabes seuls doivent résoudre, car « il y a quelqu’un qui en fait son fonds de commerce et l’utilise comme une pomme de discorde pour justifier ses ingérences dans nos affaires ».

 

Le roi Abdullah d’Arabie saoudite, qui est naturellement un homme d’expérience qui choisit bien ses mots, répondant à une question sur les divergences

confessionnelles et les provocations et les dangers qui peuvent se produire, fait remarquer que l’extension des conflits entre sunnites et chiites n’est pas encore très dangereux, mais qu’il est arrivé à un point inquiétant. Il ajoute que si on se comporte de manière juste face à ce problème, la situation d’alerte sera levée, pour atteindre à la normale. Cependant, quand la question du journaliste en vient à parler, d’après les allégations du dit journaliste, de l’assaut lancé pour étendre le chiisme dans les pays sunnites, le roi saoudien dont la position sur cette question est claire, affirme :  » Nous suivons de près cette question et nous sommes

conscients de la dimension que prend la chiisation. Mais nous sommes d’avis que ce projet n’aboutira pas, car la grande majorité des musulmans qui est de confession sunnite, ne renoncera jamais à sa religion, et à la fin, ce qui triomphe, c’est la parole de la majorité des musulmans, et normalement, d’autres religions ne peuvent pas s’infiltrer dans cette religion ou la dominer. En faisant allusion aux colloques qui ont lieu régulièrement sur l’unité islamique et qu’il suit de près, il ajoute :  » En tant que gouvernement d’un pays qui est la source même de l’invitation islamique et qui accueil en son seuil, la tombe sacrée du vénérable Prophète (que le saut de Dieu soit sur lui et sur ses descendants), nous connaissons notre rôle. Nous savons également d’où viennent toutes ces opérations et quelles en sont les évolutions et les conséquences.

 

Que dire? Que faire?

Les propos du roi saoudien qui sont très loin de la réalité, n’auront pour résultat que d’attiser le feu des divergences, et même l’évocation de ces propos peut induire en erreur. Nous pensons qu’il faut éviter de prononcer ce genre de propos, notamment dans une telle conjoncture où il y a le risque d’embrasement. Cependant, pour clarifier les choses et souligner l’appel à l’unité dont la révolution islamique est le porte-étendard, nous trouvons utile de dire quelques mots là-dessus.

Premièrement, même si on ne peut avoir une bonne opinion des propos du roi Abdullah, mais le fait même que les responsables saoudiens accordent de l’importance à la modération religieuse et la considèrent comme un appel islamique, est en soi positif, surtout après les événements tragiques de la région et du monde dont les

instigateurs sont al-Qaïda et les pensées excommunicatrices, même si les motifs de ces propos sont le sentiment du danger qui peut menacer leur gouvernement et leur sécurité. Cela même que le roi saoudien considère la pensée et les agussements d’al-Qaïda et de ses protecteurs comme d »écoulant d’une interprétation erronée des textes islamiques, est un pas positif, attendu depuis des dizaines d’années par les réformateurs musulmans et notamment les écoles théologiques et les savants chiites charitables. Tout le monde sait que la pensée violente wahhabiste est à l’origine de l’apparition d’al-Qaïda et des terroristes criminels excommunicateurs qui depuis des années, font barrage à l’unité islamique et à l’ente cordiale entre les musulmans. C’est le wahhabisme qui fait servir à ses propres objectifs, le gouvernement, le pouvoir et les richesses de l’Arabie saoudite, occupant par leur pensée erronée, le pays de la Révélation divine, une pensée déviée dont souffre même la majorité des Musulmans. Pourvu que les autorités saoudiennes pensent à trouver un remède à cette source de trouble et de tourmente!!

En tout cas, nous nous réjouissons de voir un jour les autorités saoudiennes, notamment le roi Abdullah, réviser leur pensée et méthodes du passé, montrant par la même occasion que ce changement et cette modération ne vise pas simplement à préserver son règne et la sécurité de l’Arabie Saoudite, mais que c’est pour le bien de toute la communauté islamique, dont l’Irak, là où les salafistes et les groupes d’excommunicateurs perpètrent des crimes et au nom de la lutte contre l’infidélité mettent à feu et à sang les mosquées, les autels et les lieux sacrés et même les mausolées des saints Imams de la Demeure prophétique, donnant aux envahisseurs l’occasion de perpétuer leur présence en Irak.

 

L’origine intellectuelle et religieuse de ceux qui, sous les saoudiens ont incendié la Maison de Kaaba, n’est-elle pas la même que celle de ceux qui l’an dernier, ont détruit les saints mausolées des Imams à Samerra en Irak? Mr.Abdullah a-t-il fait quelque chose pour contrôler et corriger cette pensée?

Deuxièmement, Tout le monde connaît plus ou moins bien la structure politico-sécuritaire du pouvoir saoudien. Le lien entre les milieux scientifiques et religieux wahhabistes et le pouvoir politique fermé et clos d’Arabie Saoudite est tout à faire indéniable.

 

Selon le roi d’Arabie saoudite, les habitants du pays obéissent aux autorités au nom de la religion, et pour cette raison, la mesure et la modération l’ont emporté. Dans ce cas, le roi Abdullah qui insiste sur la nécessité d’éviter l’extrémisme et les actes terroristes et excommunicateurs, doit expliquer ce qu’il a fait face à trente et quelque soi-disant mollahs connus saoudiens qui avaient publié il y a quelque temps un communiqué provoquant, appelant à lutter et assassiner les chiites innocents. Ces mêmes individus ne se trouvent pas en dehors du cercle du pouvoir saoudien, et certains d’entre eux travaillent même dans les centres et instituts gouvernementaux.

 

Troisièmement, les déclarations des hommes d’Etat comme Abdullah de Jordanie qui avaient mis en garde contre le prétendu croissant chiite, et du saoudien qui, au nom de la défense de la religion et de certains écoles religieuses, a parlé de sa responsabilité pour empêcher l’élargissement du courant chiite, ne peuvent pas s’inscrire dans le cadre de leur sentiment de responsabilité religieuse. Leur unique objectif est de préserver leur pouvoir. La preuve évidente, qui doit être comprise par des gens comme le cheikh Qardaoui, en est l’accent mis par le roi Abdullah d’Arabie saoudite sur le caractère arabe de la question palestinienne,

qualifiant le sens de responsabilité des pays comme la RII de commerce et de prétexte d’ingérence. Ce alors que la Palestine est un pays musulman et la cause palestinienne appartient à toute l’Ouma islamique. La majorité des habitants de la Palestine sont des musulmans, et la ville de Ghods est la première qibla (point de mire) des Musulmans et le lieu de l’ascension du noble Prophète (que le salut de Dieu soit sur lui et sur ses descendants).

 

Est-ce que le cheikh Qardaoui pense que le Hedjaz et la Mecque, qibla des Musulmans, appartiennent uniquement à un pays arabe, n’ayant aucun rapport avec le monde musulman, et si un jour, à Dieu ne plaise, sont occupés par les usurpateurs comme Israël, ce ne sera que la responsabilité des Arabes d’y faire face?

Le roi saoudien, se référant à sa place en tant que souverain, se considère, parfois comme le gouvernant du pays de la Révélation divine, se sentant, par là, responsable devant tous les Musulmans, et parfois, au sujet de la Palestine, là où il doit répondre pourquoi il n’a pas mobilisé tous les musulmans contre les usurpateurs sionistes, affirme qu’il s’agit uniquement d’une question arabe qui ne regarde pas les autres.

 

Mais, Pourquoi Monsieur Qardaoui, qui parle au nom de la religion et de la tendresse envers les Musulmans, doit-il adopter un tel langage et mettre en avant des accusations dont les conséquences ne seraient que d’attiser le feu des conflits inter confessionnels, et de renforcer la position de ceux qui commettent des crimes en Irak et au Pakistan, donnant aux ennemis le prétexte de poursuivre l’occupation de l’Irak. La responsabilité principale d’un grand érudit comme le cheikh Qardaoui est de défendre tous les musulmans et leurs principes sacrés, et non pas prendre des faits et des causes pour l’autre partie, mû par de bonnes intentions, et ignorant les réalités et se fondant uniquement sur une fausse propagande fanatique, soumettant par ces déclarations de nombreux musulmans à l’autel du massacre des groupes terroristes excommunicateurs.

 

Quatrièmement, même si certains dirigeants chiites se sont dits inquiets envers la désinformation du courant salafiste et du wahhabisme, notamment envers l’envoi des pétrodollars des pays du littoral du Golfe persique et d’autres pays vers les régions orientales et méridionales de l’Iran, pourtant, ni la pensée chiite pure ni l’Ordre de la république islamique n’ont besoin des activités si organisées pour élargir sa zone d’influence théologique et intellectuelle. L’Ordre islamique et ses leaders, ne cherchent nullement à planifier de telles activités ou se définir une telle responsabilité, ce qui est important pour eux, c’est avant tout de se charger des tâches plus importantes concernant le monde musulman et la société iranienne, et ils sont suffisamment aux prises aux problèmes intérieurs et extérieurs dont la majeure partie est héritée des politiques passées et actuelles des pays de la région et des puissances hégémoniques.

 

Cinquièmement, l’extension d’une religion dépend plutôt des travaux positifs et de l’attitude juste de ses adeptes aux yeux des adeptes des autres religions et non pas d’une quelconque propagande ou parole. Les dirigeants saoudiens et leurs appareils propagandistes, malgré de gros investissements pour propager le wahhabisme d’une part et limiter les partisans de la Famille prophétique à l’est de l’Arabie saoudite (comme Ahsa et Qatif) ont-ils réussi jusqu’à présent d’y élargir leur idéologie, pour pointer du doigt implicitement les autres notamment les responsables iraniens? Qu’ont-ils fait, la République islamique (RII) et les dirigeants et les religieux chiites, dans la propagation du chiisme, pour vous avoir mis dans cette colère, allant jusqu’à accuser à tort l’Iran de déployer des efforts organisés pour répandre le chiisme? La réalité est que la RII, malgré toutes les difficultés, a accepté d’aider financièrement et moralement les Palestiniens et les groupes combattants, et que loin de laisser une partie de la terre d’Islam, (ou selon vous de la terre arabe!) aux usurpateurs, fait tout pour que les vrais propriétaires de cette terre obtiennent leurs droits, droits qui sont bafoués par la tyrannie honteuse des Etats-Unis et l’entité sioniste faite de toutes pièces par Washington.

Est-ce que ces sincères efforts peuvent-ils être qualifiés de la propagation du chiisme? Si les dirigeants musulmans de la région acceptaient d’accomplir leurs devoirs, y aurait-il besoin que la RII s’investisse tellement dans la question palestinienne, et si du fait des soutiens de la RII, une partie des Palestiniens pense positivement de l’Ordre islamique et de ses dirigeants, est-ce que cela pourrait s’appeler « plans pour chiiser »?

 

Sixièmement, si les pays arabes de la région dont par exemple l’Arabie saoudite, n’ont non seulement pas accompli leur devoir de défendre le Liban face aux agressions israéliennes, mais bien au contraire, ils ont cherché à renforcer leurs éléments face au Hezbollah, la RII, forte de l’appui populaire, a soutenu la résistance islamique libanaise face à l’offensive israélienne, pour que les Libanais, qu’ils soient chiites, sunnites ou chrétiens, puissent défendre son honneur et l’intégrité territoriale du pays du Cèdre, faisant honneur au monde arabe. Supposons que par exemple dans une situation, un groupe de musulmans, mus par les sentiments islamiques purs, s’intéresse à la pensée et aux idéaux qui éduquent les hommes courageux et combattants comme ceux du Hezbollah. Est-ce que cela peut s’appeler la pénétration d’un courant chiite dans les sociétés non chiites?

 

Ne serait-il pas mieux que les dirigeants de la région, y compris le roi d’Arabie Saoudite, examinent de près leurs bilans passés et actuels dans les questions comme celle du Liban et de la Palestine, pour voir comment leur place, leur précédent, voire certains points de leur croyance sont éclipsés par la démarche juste et louable d’un nombre restreint des adeptes de la Famille du Prophète (que le salut de Dieu soit sur lui et sur ses descendants) qui servent aujourd’hui de modèles d’islamité. Des gens comme Qardaoui ne feraient-ils pas mieux de stigmatiser des dirigeants tels le roi Abdullah pour être incapables de présenter un modèle acceptable de gouvernance pour les peuples de la région, afin de pouvoir les influencer et pour que selon vous, une partie des sunnites ne subisse pas l’influence d’une autre école religieuse?

 

Septièmement, la révolution islamique est le bien de tout le monde musulman, et la RII est toujours aux côtés des peuples musulmans, sans pourtant être contre les pouvoirs et les gouvernements islamiques. Bien au contraire, l’Iran a toujours tendu vers eux la main d’amitié, sauf à ceux qui ont trahi l’Oumma islamique. L’Irak est aussi un pays islamique avec une majorité chiite et des affinités historiques et religieuses avec l’Iran. Que s’est-il passé dans l’Irak d’après l’invasion rendant si troublé et indigné monsieur Qardaoui. Il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’aucun musulman, voire aucun homme croyant aux valeurs humaines, ne peut être content des tragédies qui se produisent en Irak et dont les Etats-Unis, les baathistes et les groupes excommunicateurs sont à l’origine.

 

Certes, il n’a y aucun doute que le vrai responsable de ces tragédies, ce sont les Etats-Unis, mais qui a permis aux Américains de mettre le pied dans la région? Qui a muni l’ancien régime déchu baath de toutes sortes d’armes pour agresser l’Iran et la naissante révolution islamique? Est-ce que les dirigeants saoudiens,

koweitiens, égyptiens et jordaniens n’étaient pas à la tête de ceux qui encourageaient et équipaient Saddam? L’auteur de cet article se souvient très bien que lors de l’invasion du Kuweit par l’Irak et des attaques de missiles contre certaines villes saoudiennes par Saddam, Riyad, parlant de l’ingratitude de Saddam Hossein,

évoquait par exemple une aide de 25 ou 26 milliards de dollars au pouvoir baathiste pour faire la guerre contre l’Iran!! Les motivations des Etats-Unis pour renverser le régime de Saddam qui avait deux guerres et occupations à son actif, sont trop claires pour leurs alliés dans la région. Mais malgré le fait que l’Irak est un pays majoritairement chiite, les chiites n’ont pu obtenir que la majorité relative en raison des complots tramés par les forces d’occupation, et ainsi, le pouvoir est partagé entre trois principales composantes que sont les chiites, les kurdes et les sunnites. En dépit de toutes les difficultés et des obstructions crées par les forces d’occupation et les intrigues des rétrogrades de la région, les chiites ont réussi à former une coalition de différents groupes et sortir de la domination historique des sunnites. Les groupes armés excommunicateurs et baathistes qui sont soutenus par certains milieux de la région et qui ne constituent qu’une infime minorité du peuple irakien et dont une partie s’est infiltrée en Irak de l’étranger, refusent d’accepter cette réalité, déclarant clairement la guerre et massacrant les chiites, voire les sunnites. Est-ce que pour monsieur Qardaoui qui considère à tort les sunnites irakiens comme opprimés et qui a fermé les yeux sur tant d’explosions sur les marchés publics, tuant des milliers de personnes, la majorité du peuple irakien doit quitter la scène et laisser les extrémistes infiltrés (de l’étranger) et les baathistes revenir au pouvoir? Avant de demander aux dirigeants iraniens d’agir en médiateurs, Monsieur Qardaoui et leurs acolytes doivent convaincre les groupes criminels (ou à leur sens la minorité sunnite) d’accepter la règle du jeu, de ne pas commettre tant de crimes et de ne pas envoyer à la mort et en enfer les jeunes bourrés d’explosifs, et admettre qu’au moins en Irak, leur domination soi-disant est terminée.

 

Les sermons de la prière du vendredi doivent servir à inviter les gens à la vertu et à propager les valeurs islamiques et humaines. Est-ce que monsieur Qardaoui croit vraiment que les miliciens chiites (comme il le prétend) tuent les gens pour avoir porté le nom de tel ou tel calife? N’admet-il pas cette éventualité qu’une partie de ses camarades de pensée croit peut-être à cette accusation, la prétextant pour commettre les actes de violence et les propager? Mr. Qardaoui accuse les autres de ne pas assumer leur responsabilité. Existe-t-il d’autres accusations aussi graves que celle d’égorger les gens pour le nom qu’ils portent, pour que le feu de division soit attisé parmi les chiites et les sunnites?

 

Ce alors qu’au Liban, le Hezbollah, malgré le fait d’avoir subi des coups sévères de la part des groupes soutenus par des pays comme l’Arabie saoudite et malgré les victimes qu’il a données parfois, a, à maintes reprises, annoncé que la guerre civile était sa ligne rouge et qu’il n’était pas du tout prêt à se laisser y aller. Et le Hezbollah a vraiment tenu parole. En Irak aussi, les dignitaires chiites les plus hauts, ont déclaré, malgré les crimes dont sont victimes les chiites, que les chiites ne devaient pas commettre des actes de vengeance. Une autre raison, c’est aussi parce que ces crimes sont le fait d’une petite minorité qui n’ont rien à avoir avec la grande majorité des frères sunnites, frères qui ont été eux-mêmes victimes des exactions du régime baathiste, et qui font partie aujourd’hui du gouvernement irakien.

 

Mais au moins, on attend des personnalités comme cheikh Qardaoui de condamner sans ambages ces crimes, et non pas aller jusqu’à présenter l’exécution du criminel Saddam au jour de la fête du sacrifice comme un geste injurieux envers la minorité sunnite. Si ces paroles sortent de la bouche d’un ignorant, ils ne nous surprennent pas, mais un si éminent érudit comme le cheikh Qardaoui ne doit pas se baisser jusque là et prononcer de tels propos.

 

Huitièmement, même si cet article cherche à analyser les propos de deux personnalités non chiites qui tenu des paroles inadmissibles, et même si le point final mérite une discussion séparée pour épuiser tous les aspects de la question, et malgré les crimes commis contre les chiites et leurs lieux sacrés en Irak, il (cet article) peut paraître un peu choquant aux yeux des partisans de l’unité des Musulmans, mais c’est justement pour cette même raison que nous insistons sur ce principe axial de la révolution islamique et de la pensée de l’Imam Khomeiny et des grands réformateurs comme l’ayatollah Boroudjerdi. L’équité exige qu’à l’intérieur même de la communauté chiite, notamment dans notre société islamique iranienne, nous mettions l’accent sur la nécessité de la solidarité et de la fraternité parmi tous les musulmans, qu’ils soient chiites ou sunnites, ou quel que soit leur appartenance ethnique. L’appel à l’unité, quelque soit son origine, ne signifie pas nier les bases fondamentales, mais tous nos actes religieux débouchent-ils toujours sur de telles bases.

 

Même lorsque l’on ne tient pas compte de cet appel à cette coexistence fraternelle et des manifestations de l’unité tant recommandées par les saints de la religion, la logique et la raison nous enjoint d’agir pour avoir un monde calme et exemplaire. Les principes comme le respect des priorités et la négation d’attenter aux biens du Musulman et l’interdiction absolue de verser son sang nous enseignent la même chose. Certains hadiths racontent qu’au jour du Jugement dernier, certains seront réprimandés et punis pour avoir versé le sang des Musulmans, alors qu’ils prétendent qu’ils n’ont rien fait, mais on leur répond : est-ce que vous n’avez pas prononcé tel ou tel mot provoquant la mort d’un innocent? Ce hadith est un avertissement clair à tous les gens pour être attentifs à leurs faits et gestes, et pour ne pas être complices malgré eux, des criminels qui, au nom de la religion, ont versé le sang des innocents dont leur seule faute était d’aimer la Famille prophétique.

Neuvièmement, le courant islamique et la foi chiite jouissent heureusement d’une logique solide, et au besoin, ils ont la haute main dans les trois principes coraniques qui sont la « sagesse », la « prédication » et le « bon débat », et la majorité ou la minorité qui sont alléguées par le roi saoudien pour justifier la « domination historique », n’ont aucun sens dans la logique coranique. Par conséquent, il n’a y aucun besoin, à l’intérieur des communautés chiites, d’accomplir certains actes insignifiants et divisionnistes, comme le font parfois, ça et là certains individus; ce n’est pas une méthode qui puisse attirer les cœurs. La

résistance menée pendant un mois par un nombre restreint de jeunes du Hezbollah dirigé par un jeune religieux éclairé et militant peut non seulement être un motif d’orgueil pour tous les musulmans et notamment les adeptes de la Famille prophétique, mais elle peut même traverser les frontières idéologiques d’une seule doctrine et toucher d’autres cœurs. Pourquoi, certains, par leurs écrits et paroles, fournissent-ils des prétextes à ceux qui ne peuvent pas supporter la brillance et la lumière de la révolution islamique, de la résistance islamique libanaise ou d’un gouvernement populaire irakien?

 

Dixièmement, Par ailleurs, il ne fait aucun doute que de telles tentatives divisionnistes et provocantes sont infimes par rapport à certains actes commis par certains gens au nom de la défense des principes sacrés d’une autre école religieuse, mais de toute façon, ces faux gestes nous sont également inadmissibles.

Notre seul critère, c’est la logique du saint Coran qui ordonne de ne pas offenser même les sacro-saints des non-musulmans, afin que ces derniers n’offensent pas Dieu de par leur ignorance. Le seul critère de conduite est celui du Prince des croyants Ali (béni soit il) dont nous connaissons la morale. Cette idée n’est pas celle du seul auteur de cet article, elle est celle recommandée aussi par l’honorable Imam Khomeiny, qui parmi les éminents savants, fut parmi les plus charitables et les plus informés sur l’Islam et le chiisme, et ce fut lui qui insistait tout le temps sur l’unité et la solidarité entre les musulmans, notamment entre les chiites et les sunnites. Dans l’histoire du chiisme, nous avons de nombreux modèles scientifiques et pratiques qui peuvent servir d’exemples pour une cœxistence pacifique et

fraternelle avec les adeptes des autres religions. Mais, hélas, à l’époque de la clairvoyance et du développement intellectuel des sociétés, nous sommes encore aujourd’hui témoins de certaines étroitesses de vue et certains actes ignorants, qui, s’ils ne sont pas le fruit des complots des ennemis, proviennent de certains esprits bornés et partiels qui ne comprennent pas bien la religion, ni la charia, ni les intérêts de l’Islam et des Musulmans. Ils ne comprennent rien à l’ouverture d’esprit et ignorent les bases fondamentales et la foi chiites. Nos religieux bien avertis et pieux, doivent, comme par le passé, être attentifs, partout dans le pays, aux cœurs simples qui de par leur ignorance, peuvent tomber au piège des diviseurs, qui sous prétexte de défendre certaines croyances ou certains points historiques, ne font que jeter le discrédit sur les grandes tâches accomplies par la révolution islamique, l’Imam Khomeiny, les écoles théologiques et le clergé chiite pour attirer les cœurs et établir l’unité parmi les Musulmans.

Il y avait d’autres points à évoquer, mais nous en parlerons ailleurs et dans un autre article.

 

(Article publié le 12 février 2007 par le quotidien Djom-Houri-e-Eslami)

 

 

AUTEUR: SEYYED ZIA MORTAZAWI