{"id":2697,"date":"2022-04-02T16:55:20","date_gmt":"2022-04-02T12:25:20","guid":{"rendered":"http:\/\/al-mostabserin.com\/french\/?p=2697"},"modified":"2022-04-02T16:55:20","modified_gmt":"2022-04-02T12:25:20","slug":"lislam-des-partisans-dali-le-chiisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/2697","title":{"rendered":"L&rsquo;islam des partisans d&rsquo;Ali : le chiisme"},"content":{"rendered":"<p><em>Une \u00e9tude du chiisme doit tenir compte de plusieurs faits : il n&rsquo;est pas sp\u00e9cifiquement iranien ; il a une longue histoire ; loin d&rsquo;\u00eatre unifi\u00e9, il se subdivise en maints rameaux ; tous les mouvements religieux ou toutes les sectes qui se r\u00e9clament de lui ou qu&rsquo;on lui attribue ne rel\u00e8vent pas de lui. Elle implique aussi qu&rsquo;on l&rsquo;oppose au sunnisme dont il est sorti, contre lequel il s&rsquo;est dress\u00e9, qu&rsquo;il a manqu\u00e9 vaincre, mais qui en d\u00e9finitive l&rsquo;a emport\u00e9 puisqu&rsquo;il est profess\u00e9 de nos jours par 85 \u00e0 89 % des musulmans.<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h1>Des liens non exclusifs avec l&rsquo;Iran<\/h1>\n<p>Me tromperais-je en disant que, \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation du chiisme, deux id\u00e9es s&rsquo;imposent \u00e0 nous : d&rsquo;une part celle de l&rsquo;Iran, d&rsquo;autre part celle d&rsquo;une doctrine intransigeante, violente, r\u00e9trograde ?<\/p>\n<p>La premi\u00e8re peut en partie se justifier parce que des liens \u00e9troits et forts existent entre ce pays et la religion profess\u00e9e par la grande majorit\u00e9 de sa population<strong>, <\/strong>quelque 80 \u00e0 82 %. Elle n&rsquo;en est pas moins erron\u00e9e. Le chiisme a pris naissance en pays arabe, s&rsquo;est exprim\u00e9 en arabe, a ses principaux lieux saints sur un sol arabe ; ceux qui l&rsquo;ont institu\u00e9, dirig\u00e9, qu&rsquo;il v\u00e9n\u00e8re et auxquels il se r\u00e9f\u00e8re furent des Arabes. Quelques-unes de ses grandes r\u00e9alisations politiques se constitu\u00e8rent loin de l&rsquo;Iran et sans lui, tel le califat fatimide, n\u00e9 en notre actuelle Tunisie et transf\u00e9r\u00e9 au Xe si\u00e8cle au Caire o\u00f9 il atteignit une haute prosp\u00e9rit\u00e9 : c&rsquo;est lui qui fonda la grande m\u00e9tropole, y ouvrit la prestigieuse universit\u00e9 d&rsquo;Al-Azhar et y construisit maints de ses plus grandioses monuments. Enfin, aujourd&rsquo;hui encore, il y a un peu plus de chiites hors des fronti\u00e8res de la R\u00e9publique islamique iranienne qu&rsquo;en son sein : population de l&rsquo;Azerba\u00efdjan du Caucase, ex-sovi\u00e9tique, importantes minorit\u00e9s en Inde, au Pakistan, en Syrie, au Liban, en Afghanistan, en Arabie m\u00eame \u2013 pour ne pas parler de la Turquie o\u00f9 leur nombre n&rsquo;a jamais pu \u00eatre \u00e9tabli de fa\u00e7on pr\u00e9cise, mais o\u00f9 ils constituent entre 15 et 40 % de la population.<\/p>\n<p>La seconde id\u00e9e est enti\u00e8rement fausse et elle est f\u00e2cheuse : d&rsquo;abord elle donne \u00e0 l&rsquo;Iran ce qui revient \u00e0 d&rsquo;autres \u2013 pensons aux talibans d&rsquo;Afghanistan, aux attentats de l&rsquo;Alg\u00e9rie \u2013 le privil\u00e8ge d&rsquo;un islamisme pur, dur et agressif, alors qu&rsquo;il est mod\u00e9r\u00e9 dans ses doctrines en tous les sens du terme ; elle choque les chiites non iraniens, souvent parmi les plus tol\u00e9rants des musulmans, parfois hostiles \u00e0 la <em>charia<\/em>, la loi coranique. Certes l&rsquo;Iran a adopt\u00e9 cette derni\u00e8re et entend s&rsquo;y tenir, ce qui, en face des agressions ath\u00e9es, la\u00efques, marxistes ou lib\u00e9rales, l&rsquo;oblige \u00e0 se montrer autoritaire, intransigeant, voire dictatorial. Mais il y a diverses interpr\u00e9tations de la loi dans le chiisme \u2013 il en va de m\u00eame au sein du sunnisme qui compte quatre \u00e9coles juridiques \u2013 et qui, globalement, n&rsquo;en donne pas la version la plus s\u00e9v\u00e8re. Ensuite, le caract\u00e8re de l&rsquo;Iranien ne le porte pas au rigorisme : il est avant tout po\u00e8te, r\u00eaveur, enthousiaste dans la joie comme dans la tristesse, pr\u00eat \u00e0 exag\u00e9rer tous ses sentiments et, j&rsquo;oserais dire, \u00e0 \u00eatre volontiers laxiste \u2013 ce qui lui permet de savoir faire la part des choses, de trouver quelques arrangements avec le ciel. Quant aux exc\u00e8s et aux violences que l&rsquo;on a observ\u00e9s depuis la chute du r\u00e9gime imp\u00e9rial, je ne crois pas qu&rsquo;ils soient imputables au pays ou \u00e0 sa religion, mais qu&rsquo;ils sont inh\u00e9rents \u00e0 toute r\u00e9volution.<\/p>\n<h1>Chiisme et sunnisme<\/h1>\n<p>Il ne saurait \u00eatre question de d\u00e9crire ici ce dernier : ce serait exposer toute la religion musulmane. Il suffira de rappeler que le terme est form\u00e9 sur l&rsquo;arabe <em>sunna <\/em>qui signifie \u00ab tradition \u00bb et implique l&rsquo;acceptation de l&rsquo;histoire telle qu&rsquo;elle est, en rejetant toute innovation, toute d\u00e9viation, en faisant passer le maintien de l&rsquo;unit\u00e9 et de la paix interne avant la revendication de justice sociale ou l&rsquo;aspiration \u00e0 une religion personnelle \u2013 d&rsquo;o\u00f9 sa m\u00e9fiance envers le mysticisme. Il se fonde sur le Coran qui est livre r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Dieu, parole de Dieu, \u00e0 suivre \u00e0 la lettre, puis sur les <em>hadith<\/em>, dits et actes du Proph\u00e8te, rassembl\u00e9s au IXe si\u00e8cle de notre \u00e8re \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire apr\u00e8s que ceux qui seront les chiites se furent d\u00e9tach\u00e9s du rameau commun \u2013, et enfin sur la d\u00e9cision de la communaut\u00e9 adopt\u00e9e par consensus g\u00e9n\u00e9ral, la <em>idjma<\/em>. En ce sens et parce qu&rsquo;il est majoritaire, on peut dire qu&rsquo;il repr\u00e9sente l&rsquo;orthodoxie musulmane, bien que les chiites ne se consid\u00e8rent pas pour autant comme schismatiques ou h\u00e9t\u00e9rodoxes.<\/p>\n<h1>Le chiisme, ou le \u00ab parti d&rsquo;Ali \u00bb<\/h1>\n<p>Le chiisme est primitivement l&rsquo;expression d&rsquo;un mouvement politique, d&rsquo;un parti. Quand Mahomet meurt en 632, dix ans apr\u00e8s l&rsquo;H\u00e9gire \u2013 son \u00e9migration de La Mecque \u00e0 M\u00e9dine qui marque la naissance officielle de la religion qu&rsquo;il a pr\u00each\u00e9e, l&rsquo;islam, et inaugure l&rsquo;\u00e8re musulmane \u2013 rien n&rsquo;est pr\u00e9vu pour sa succession. Certes, la r\u00e9v\u00e9lation est termin\u00e9e et nulle autre n&rsquo;aura lieu apr\u00e8s lui \u2013 ce que contestent certains chiites. Mais Mahomet n&rsquo;est pas seulement proph\u00e8te. Il est chef d&rsquo;une communaut\u00e9 et d&rsquo;un \u00c9tat, devenu en un si\u00e8cle un immense empire, qui doivent \u00eatre dirig\u00e9s. Il importe donc de d\u00e9signer comme successeur, calife, celui en aura la responsabilit\u00e9 : \u00e0 la fois le plus digne ou le plus capable, et l&rsquo;un de ceux qui furent les plus proches et les plus attach\u00e9s \u00e0 Mahomet. On \u00e9lit successivement Abu Bakr, Omar, Osman, puis, seulement en 656, apr\u00e8s trois candidatures malheureuses, apr\u00e8s vingt-cinq ans d&rsquo;attente, Ali. Aurait-il d\u00fb \u00eatre choisi plus t\u00f4t, comme le pensent les chiites ? En effet, il ne manque pas de titres. Il est cousin du Proph\u00e8te : son p\u00e8re a \u00e9lev\u00e9 Mahomet quand celui-ci est devenu orphelin ; il est l&rsquo;un des premiers convertis ; il a \u00e9pous\u00e9 Fatima, fille de Mahomet et, par elle, \u00e0 lui qui n&rsquo;avait pas de fils, il a donn\u00e9 ses deux seuls petits-enfants m\u00e2les, Hasan et Husain.<\/p>\n<p>Son \u00e9lection ne fait pas l&rsquo;unanimit\u00e9, et d&rsquo;aucuns l&rsquo;accusent m\u00eame d&rsquo;avoir tremp\u00e9 dans l&rsquo;assassinat de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Osman. Le gouverneur de Damas, Muawiyya, chef de la famille des Omeyyades, fid\u00e8le \u00e0 Osman et d\u00e9sireux d&rsquo;acc\u00e9der au pouvoir, se soul\u00e8ve. Son arm\u00e9e rencontre celle d&rsquo;Ali \u00e0 Siffin sur les rives de l&rsquo;Euphrate en 658. Ce dernier est sur le point de l&#8217;emporter quand les Syriens brandissent des feuillets du Coran au bout de leurs lances et r\u00e9clament un arbitrage, qu&rsquo;Ali accepte. Il ne lui est pas favorable et une partie des siens l&rsquo;abandonne parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas su d\u00e9fendre ses droits, ses hommes et \u00ab ceux qui sortent \u00bb, <em>kharadja, <\/em>terme \u00e0 l&rsquo;origine du nom qu&rsquo;on leur donna de <em>khar\u00e9djites<\/em><strong>. <\/strong>Ils sont peu apr\u00e8s extermin\u00e9s \u00e0 la bataille de Nahravan par Ali lui-m\u00eame, et leurs survivants s&rsquo;en vengent en l&rsquo;assassinant (661), puis s&rsquo;en vont chercher refuge dans les r\u00e9gions les plus \u00e9loign\u00e9es. Leurs descendants y demeurent encore, en petit nombre, dans le sultanat d&rsquo;Oman \u2013 o\u00f9 on les nomme <em>ibadites <\/em>\u2013, en Tunisie, dans l&rsquo;\u00eele de Djerba, en Alg\u00e9rie, dans le Mzab.<\/p>\n<p>C&rsquo;est apr\u00e8s la bataille de Siffin que l&rsquo;on commence \u00e0 d\u00e9signer le mouvement politique favorable \u00e0 Ali et \u00e0 ses descendants sous le nom de <em>shia Ali<\/em>, \u00ab le parti d&rsquo;Ali \u00bb, dont nous avons fait le chiisme, lequel n&rsquo;est vraiment structur\u00e9 qu&rsquo;au IXe si\u00e8cle. Il implique, d\u00e8s ses origines, une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la famille du Proph\u00e8te, \u00e0 ses descendants, une revendication de justice bafou\u00e9e par les premiers musulmans et plus encore par ceux qui fond\u00e8rent avec Muawiyya, \u00e0 Damas, une monarchie califale h\u00e9r\u00e9ditaire, les Omeyyades, contraire \u00e0 ce qui \u00e9tait une monarchie \u00e9lective. Hasan, le fils a\u00een\u00e9 d&rsquo;Ali, reconna\u00eet l&rsquo;autorit\u00e9 omeyyade et vit paisiblement \u00e0 M\u00e9dine, mais il meurt, empoisonn\u00e9 ou non (670), et son jeune fr\u00e8re Husain, devenu chef de la famille, rompt avec la dynastie damasquine d\u00e8s que le calife associe au pouvoir son fils Yazid (678), jug\u00e9 impie, d\u00e9bauch\u00e9, ivrogne, et appel\u00e9 \u00e0 devenir la b\u00eate noire des chiites. Ce Yazid aura pourtant ses fid\u00e8les, ou du moins des gens qui voudront se rattacher \u00e0 lui, les Yezidis, dont l&rsquo;origine est en fait obscure et qui semblent tout \u00e0 fait aberrants. On a suppos\u00e9 que c&rsquo;\u00e9taient des clients des Omeyyades hostiles aux Abbassides, organis\u00e9s en secte au XIe si\u00e8cle par un certain Hadi (vers 1075-1165) qui leur fit conna\u00eetre alors un moment de prosp\u00e9rit\u00e9. La plus marquante de leurs singularit\u00e9s est une r\u00e9habilitation de Satan, ce qui leur a valu le nom d&rsquo;\u00ab adorateurs du diable \u00bb.<\/p>\n<p>Husain g\u00eane. Le calife Yazid d\u00e9cide d&rsquo;envoyer contre lui une exp\u00e9dition de repr\u00e9sailles, non sans lui recommander d&rsquo;agir avec discernement et mod\u00e9ration. La rencontre a lieu \u00e0 Kerbela. Le malheur veut que Husain et l&rsquo;un des fils d&rsquo;Hasan p\u00e9rissent au cours de cette bataille qui ne dure que quelques heures et e\u00fbt pu appara\u00eetre comme une vulgaire querelle de clans. Le scandale est \u00e9norme. Le successeur du Proph\u00e8te tue son petit-fils et son arri\u00e8re-petit-fils ! Depuis ce jour du 2 muharram 61 de l&rsquo;H\u00e9gire (680), tous les ans, le monde chiite comm\u00e9more ce drame en une grande journ\u00e9e de deuil, l&rsquo;<em>Ashura.<\/em><\/p>\n<h1>Le chiisme et les douze imans<\/h1>\n<p>Dans les ann\u00e9es qui suivent, les r\u00e9bellions de protestation de la famille d&rsquo;Ali sont nombreuses et toujours r\u00e9prim\u00e9es. La plus importante, en 750, permet le renversement de la dynastie omeyyade, mais non l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir des Alides. Une autre famille, celle des Abbassides, en tire b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p>Les chiites cependant, tout en se livrant \u00e0 une vive propagande, s&rsquo;organisent sous la direction des petits-fils d&rsquo;Husain : les <em>imams<\/em>, guides de la communaut\u00e9, personnages qu&rsquo;il ne faut pas confondre avec ceux qui dirigent la pri\u00e8re \u00e0 la mosqu\u00e9e et portent le m\u00eame nom dans une acception bien diff\u00e9rente. Bient\u00f4t ils verront en eux, ou en l&rsquo;un d&rsquo;eux, le <em>mahdi, <\/em>le \u00ab bien conduit par Dieu \u00bb, presque d\u00e9j\u00e0 le Sauveur, celui qui reviendra \u00e0 la fin des temps pour \u00e9tablir enfin la justice. La notion de <em>mahdi <\/em>n&rsquo;est pas sp\u00e9cifiquement chiite : les sunnites attendent aussi un retour apocalyptique, le plus souvent celui de J\u00e9sus-Christ, mais elle prendra chez eux une importance capitale, donnera \u00e0 leur religion une dimension proph\u00e9tique, la projettera vers l&rsquo;avenir, leur fera attendre une justice en d\u00e9finitive plus importante que l&rsquo;ordre. La rupture avec le sunnisme a une autre cons\u00e9quence : toute la l\u00e9gislation religieuse des califes, toutes les traditions accept\u00e9es par eux apr\u00e8s examen sont en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9cart\u00e9es par les chiites, ce qui transforme la rupture politique en rupture religieuse.<\/p>\n<p>Les imams se succ\u00e8dent les uns aux autres, de p\u00e8re en fils, par consensus g\u00e9n\u00e9ral. Or, dans le deuxi\u00e8me tiers du VIIIe si\u00e8cle, Zayid, le fr\u00e8re du cinqui\u00e8me imam, veut le supplanter et y perd la vie. Ses partisans se s\u00e9parent du parti d&rsquo;Ali, jusqu&rsquo;alors unifi\u00e9, et constituent la secte des Zeyidites, surtout bien repr\u00e9sent\u00e9e au Y\u00e9men o\u00f9 ses membres forment plus de la moiti\u00e9 de la population. Une autre fracture, beaucoup plus grave, a lieu quelques ann\u00e9es plus tard. En 775, l&rsquo;imam d\u00e9sign\u00e9, Isma&rsquo;il, d\u00e9c\u00e8de avant son p\u00e8re, Jafar al-Sadiq. La plupart des chiites acceptent comme successeur de Jafar le fr\u00e8re d&rsquo;Isma&rsquo;il, Musa, mais une forte minorit\u00e9 le refuse, pr\u00e9tendant qu&rsquo;Isma\u00ebl n&rsquo;est pas mort et que, devenu invisible, il continue \u00e0 diriger sa communaut\u00e9. Elle porte le nom d&rsquo;isma\u00e9liens ou de septimaniens<strong>, <\/strong><em>Sabiya<\/em>, parce qu&rsquo;elle ne reconna\u00eet que sept imams.<\/p>\n<p>Les autres restent fid\u00e8les \u00e0 la descendance de Musa jusqu&rsquo;en 874. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, le douzi\u00e8me imam, Muhammad al-Mahdi, dispara\u00eet myst\u00e9rieusement. Les chiites qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 lui, dont ceux d&rsquo;Iran, parlent alors de la Grande Occultation, destin\u00e9e \u00e0 durer jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps. On les nomme imamites ou duod\u00e9cimains.<\/p>\n<h1>Les rameaux du chiisme<\/h1>\n<p>Bien qu&rsquo;on puisse discerner deux tendances principales dans leur pens\u00e9e \u2013 nomm\u00e9es <em>akhbari <\/em>et <em>usuli <\/em>\u2013, ils restent fid\u00e8les \u00e0 eux-m\u00eames, sans nouvelle dissidence jusqu&rsquo;au XIXe si\u00e8cle. C&rsquo;est seulement en 1844 que Sayyid Ali Muhammad provoque un schisme en se disant \u00e9piphanie divine. Il prend le titre de <em>Bab<\/em><strong>, \u00ab <\/strong>la porte \u00bb, et son mouvement fut connu comme babisme<strong>. <\/strong>Il sera ex\u00e9cut\u00e9 en 1850. L&rsquo;un de ses disciples, Baba&rsquo;ullah, fondera alors le beha\u00efsme, religion qui pr\u00f4ne l&rsquo;unit\u00e9 de tous les hommes, un gouvernement mondial : on peut le consid\u00e9rer comme s\u00e9par\u00e9 de l&rsquo;islam, et il obtint quelques succ\u00e8s en Europe et en Am\u00e9rique.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire des isma\u00e9liens est plus mouvement\u00e9e. Sortis de l&rsquo;ombre dans la seconde moiti\u00e9 du IXe si\u00e8cle avec les Qarmates qui ravagent la Syrie, ils prennent le pouvoir en Ahsa \u2013 province d&rsquo;Arabie \u2013, organisent en 930 une exp\u00e9dition contre La Mecque o\u00f9 ils massacrent les p\u00e8lerins et enl\u00e8vent la Pierre noire de la Ka&rsquo;aba ; ils fondent aussi en Tunisie la dynastie des Fatimides, puis occupent l&rsquo;\u00c9gypte et la Syrie (969). L&rsquo;islam est alors bien pr\u00e8s de basculer tout entier dans le chiisme, puisqu&rsquo;en Iran aussi celui-ci arrive au pouvoir avec la puissante principaut\u00e9 des Bouyides qui s&#8217;empare de Bagdad (945) et tient le califat abbasside en suj\u00e9tion, sans oser toutefois le supprimer. Il faudra l&rsquo;arriv\u00e9e des Turcs seldjoukides, bient\u00f4t devenus le glaive de l&rsquo;islam, et le choix politique qu&rsquo;ils font du sunnisme pour sauver ce dernier.<\/p>\n<p>Contraints d&rsquo;entrer dans une semi-clandestinit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 dominent les Turcs, les chiites offrent un asile \u00e0 toutes sortes de gens qui refusent d&#8217;embrasser l&rsquo;islam, demeurent attach\u00e9es \u00e0 leurs traditions, quitte \u00e0 faire la part des choses, \u00e0 accepter de se dire musulmans \u2013 position d&rsquo;autant plus facile que les Isma\u00e9liens enseignent que le Coran a deux sens, l&rsquo;un exot\u00e9rique, l&rsquo;autre \u00e9sot\u00e9rique, compris par les seuls initi\u00e9s. Au nom de l&rsquo;interpr\u00e9tation \u00e9sot\u00e9rique, on peut faire dire au texte sacr\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s ce que l&rsquo;on veut. Ajoutons que les chiites ont leurs propres traditions du Proph\u00e8te, ou en imaginent, qui sont parfois bien \u00e9loign\u00e9es de celles du sunnisme. La propagande active des isma\u00e9liens ou d&rsquo;autres, aupr\u00e8s des masses, surtout quand elles rel\u00e8vent du mazd\u00e9isme, du christianisme ou du chamanisme turc, introduit en elles quelques notions musulmanes et plus particuli\u00e8rement chiites, mais alt\u00e8re aussi profond\u00e9ment la foi des pr\u00e9dicateurs, cr\u00e9e une sorte de syncr\u00e9tisme. Ce fait est tr\u00e8s apparent chez les alaouites (arabophones) ou chez les alevis (turcophones), les Druzes, les Nusairis, les Ahl-e Haqq et quelques autres. Dans des cas extr\u00eames, certaines sectes finissent par ne plus relever du tout de l&rsquo;islam, tout en affirmant qu&rsquo;elles y appartiennent.<\/p>\n<p>Les Alaouites (Alevis), par suite de leur \u00e9parpillement et de leurs divisions ethniques et tribales, sont parmi les plus difficiles \u00e0 \u00e9tudier. Ils constituent aujourd&rsquo;hui une v\u00e9ritable force en Syrie et en Turquie : dans le premier de ces pays parce qu&rsquo;ils y ont acquis le pouvoir en m\u00eame temps que Hafiz al-Asad en 1970 ; dans le second, o\u00f9 leur v\u00e9ritable nom \u00e9tait Kizil Bach ou \u00ab T\u00eates rouges \u00bb, parce qu&rsquo;ils forment une masse populaire consid\u00e9rable. Ici et l\u00e0, ils repr\u00e9sentent la tendance la\u00efcisante du chiisme, la plus \u00e9loign\u00e9e de la charia, et, pour ma part, je refuserais volontiers \u2013 en accord avec eux-m\u00eames ou leurs concitoyens \u2013 de les consid\u00e9rer comme musulmans. C&rsquo;est pourtant en leur sein que prennent naissance, au tournant des ann\u00e9es 1500, les S\u00e9f\u00e9vides qui vont conqu\u00e9rir l&rsquo;Iran et y faire de l&rsquo;imamisme la religion officielle. Ils n&rsquo;en rel\u00e8vent pas, mais ils se l&rsquo;imposent et l&rsquo;imposent aux autres parce qu&rsquo;ils ont conscience que leur doctrine ne peut conqu\u00e9rir un empire ; ayant l&rsquo;ambition de r\u00e9gner, et ha\u00efssant le sunnisme des Ottomans, ils n&rsquo;ont d&rsquo;autre ressource que de s&rsquo;appuyer sur les Duod\u00e9cimains. Une guerre s\u00e9culaire s&rsquo;en suit entre la Turquie et l&rsquo;Iran, atroce comme toutes les guerres de religions.<\/p>\n<p>Pendant que se d\u00e9veloppe l&rsquo;alaouisme (al\u00e9visme), le chiisme, qui n&rsquo;h\u00e9site pas devant les audaces de la pens\u00e9e et les innovations, se montre r\u00e9ceptif \u00e0 la notion de l&rsquo;incarnation divine, si contraire aux id\u00e9aux de l&rsquo;islam orthodoxe ancr\u00e9 sur l&rsquo;unit\u00e9 de Dieu et sa transcendance. Quels que soient le lieu et la fa\u00e7on dont cette notion p\u00e9n\u00e8tre dans les esprits musulmans h\u00e9t\u00e9rodoxes, elle se fait jour de mani\u00e8re spectaculaire quand Darazi reconna\u00eet la divinit\u00e9 du calife fatimide Al-Hakim (996-1021). Devenue dogme de foi, cette divinisation imp\u00e9riale n&rsquo;est pas accept\u00e9e en \u00c9gypte et on n&rsquo;en parle plus apr\u00e8s la mort du calife. Darazi parvient en revanche \u00e0 la faire adopter par certaines populations arabophones du mont Liban, qui forment une secte dont le nom est d\u00e9riv\u00e9 du sien, les Druzes.<\/p>\n<p>La foi en l&rsquo;incarnation divine est dans l&rsquo;air. Des alaouites l&rsquo;adoptent, et peut-\u00eatre avant eux, les Ahl-e Haqq, nomm\u00e9s aussi Ali-Ilahi, adorateurs d&rsquo;Ali, essentiellement des Kurdes qui v\u00e9n\u00e8rent entre autres un certain sultan Sihak, Dieu ou fils de Dieu, qui aurait v\u00e9cu au IXe si\u00e8cle ; et encore les Nusairis, sectaires arabes de Syrie qui suivent la doctrine d&rsquo;Ibn Nusair (IXe si\u00e8cle), soi-disant disciple du dixi\u00e8me imam, et qui se sont peut-\u00eatre totalement m\u00eal\u00e9s aux Alaouites. Tous ceux qui rel\u00e8vent de ces groupes ne se rattachent \u00e0 l&rsquo;islam que par leur v\u00e9n\u00e9ration pour Ali, pour sa famille et un substrat coranique et culturel. Leur croyance en l&rsquo;incarnation n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas le seul trait qui les en s\u00e9pare, mais aussi la foi en quelque chose qui ressemble de tr\u00e8s pr\u00e8s \u00e0 la m\u00e9tempsycose, leur refus de fr\u00e9quenter la mosqu\u00e9e, de pratiquer les cinq obligations l\u00e9gales, de s&rsquo;abstenir de vin, de viande de porc, de la polygamie, du divorce, du voile et de la r\u00e9pudiation des femmes.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les remous provoqu\u00e9s par la d\u00e9ification d&rsquo;Al-Hakim, les isma\u00e9liens demeurent fid\u00e8les aux Fatimides jusqu&rsquo;en 1094. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, le fils a\u00een\u00e9 du calife, Nizar, est \u00e9vinc\u00e9 du tr\u00f4ne par son cadet Mustali. Sous l&rsquo;impulsion de Hasan Sabah, certains Isma\u00e9liens de Syrie refusent de reconna\u00eetre le nouveau souverain et font s\u00e9cession : on les nomme en g\u00e9n\u00e9ral n\u00e9o-isma\u00e9liens pour les distinguer des autres, et leur est accord\u00e9 un id\u00e9al de renaissance humaniste. Ils instituent en Iran, et plus g\u00e9n\u00e9ralement au Proche-Orient, un r\u00e9gime de terreur ; appuy\u00e9s sur des places fortes inexpugnables, dont Alamut, ils envoient des sectaires enivr\u00e9s de haschich perp\u00e9trer un peu partout des meurtres. Ils sont connus sous le nom d&rsquo;Assassins \u2013 <em>haschichin, <\/em>\u00ab fumeurs de haschich \u00bb, \u00e0 moins que leur nom ne vienne de <em>as-sikin<\/em>, \u00ab le couteau \u00bb <strong>\u2013 <\/strong>et ont enflamm\u00e9 les imaginations : historiens et romanciers les ont souvent pris pour sujets. En 1164, leur quatri\u00e8me grand ma\u00eetre, \u00ab le Vieux de la Montagne \u00bb, d\u00e9cr\u00e8te la fin du r\u00e8gne de la loi et l&rsquo;av\u00e8nement de la Grande R\u00e9surrection. \u00c9tranges m\u00e9andres de l&rsquo;histoire ! Quand ce personnage s&rsquo;autoproclame petit-fils du calife Nizar, il ne se doute pas qu&rsquo;il va donner naissance \u00e0 une longue lign\u00e9e d&rsquo;imams qui aboutiront aux Agha Khan, bien \u00e9loign\u00e9s des violences de leurs a\u00efeux et qui, seuls, parce qu&rsquo;ils ont une id\u00e9ologie nouvelle, m\u00e9riteraient de porter le nom de n\u00e9o-isma\u00e9liens.<\/p>\n<h1>Caract\u00e9ristiques du chiisme<\/h1>\n<p>Si on laisse en marge, comme elles s&rsquo;y sont mises elles-m\u00eames, les diff\u00e9rentes sectes extr\u00e9mistes, le chiisme, septimanien ou duod\u00e9cimain, se caract\u00e9rise par un certain nombre de faits, les uns apparents, d&rsquo;autres moins visibles. Les rites religieux sont les m\u00eames que ceux des sunnites, \u00e0 d&rsquo;infimes nuances pr\u00e8s. En revanche, la c\u00e9l\u00e9bration de la mort de Husain \u00e0 Kerb\u00e9la \u2013 l&rsquo;<em>A<\/em>s<em>hura \u2013 <\/em>donne lieu \u00e0 de grandes manifestations qui peuvent appara\u00eetre comme hyst\u00e9riques, mais traduisent une sinc\u00e8re \u00e9motion o\u00f9 s&rsquo;expriment toute la souffrance du monde et les cris contre les injustices qu&rsquo;il supporte ; le culte des saints et des tombeaux joue un r\u00f4le bien plus important que dans le sunnisme qui, en principe, l&rsquo;interdit, mais qui n&rsquo;a pas pu emp\u00eacher que l&rsquo;on \u00e9difi\u00e2t de somptueux mausol\u00e9es et qu&rsquo;on s&rsquo;y rend\u00eet en p\u00e8lerinage. Les deux grandes villes saintes de l&rsquo;Iran, Meshshed et Qum, sont des cit\u00e9s fun\u00e9raires ; celle de Nadjaf, en Irak, abrite la tombe d&rsquo;Ali. La v\u00e9n\u00e9ration pour le chef historique de la r\u00e9volution islamique a fait construire pour lui, en deux ans, \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, un somptueux mausol\u00e9e, et les foules y accourent. Enfin le chiisme constitue une \u00e9glise avec un clerg\u00e9 tr\u00e8s organis\u00e9, hi\u00e9rarchis\u00e9, puissant et qui se veut ind\u00e9pendant des autorit\u00e9s civiles, au moins chez les duod\u00e9cimains. \u00c0 sa t\u00eate se placent les <em>ayatollah<\/em>, une dizaine en Iran, \u00e9lus par le corps des clercs <em>mojtabed, <\/em>comme les ul\u00e9mas, tandis que tout un r\u00e9seau de <em>mollah <\/em>quadrille le pays. La v\u00e9ritable vie spirituelle du chiisme est moins ais\u00e9ment perceptible, en partie \u00e0 cause de la pratique de la <em>taqiya (takiye)<\/em>, la dissimulation, qui consiste \u00e0 ne pas d\u00e9voiler ses secrets \u2013 dans les sectes extr\u00e9mistes et initiatiques \u2013 ou ses sentiments, ce qui se justifie historiquement par les longues pers\u00e9cutions qu&rsquo;il a subies. La conviction profonde qu&rsquo;il a d&rsquo;avoir toujours \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;injustices et que son histoire n&rsquo;est qu&rsquo;une longue suite de douleurs et de sacrifices a fa\u00e7onn\u00e9 son \u00e2me. Une profonde r\u00e9flexion l&rsquo;a conduit \u00e0 se persuader qu&rsquo;Ali, Husain et les imams se sont volontairement immol\u00e9s pour le salut de la communaut\u00e9 et du monde. Les vingt-cinq ans pendant lesquels Ali a \u00e9t\u00e9 tenu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du pouvoir, alors que son court r\u00e8gne a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;il repr\u00e9sentait le type du souverain \u00e9clair\u00e9, inspir\u00e9, id\u00e9al, prouvent sa patience et sa r\u00e9signation et lui ont permis de d\u00e9velopper sa vie spirituelle. Son exemple entra\u00eene ses fid\u00e8les \u00e0 la m\u00e9ditation, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9riorisation, \u00e0 la valorisation du savoir religieux, et en m\u00eame temps de tout savoir. Une autre r\u00e9flexion non moins pouss\u00e9e a men\u00e9 \u00e0 une sorte de transfiguration de Fatima, son \u00e9pouse, la fille du Proph\u00e8te. Elle devint la Toute Pure \u2013 vierge pour certains. Elle est au centre de la sainte famille que composent avec elle Mahomet, Ali et ses deux fils, et la pi\u00e9t\u00e9 populaire qu&rsquo;elle \u00e9veille promeut un v\u00e9ritable culte de la femme. \u00c0 voir les foulards des Iraniennes, on a quelque peine \u00e0 imaginer qu&rsquo;il y a dans le chiisme une certaine r\u00e9habilitation de la condition f\u00e9minine, et pourtant elle est de fait, quoique l\u00e0 encore elle se dissimule sous les apparences. Certains ont voulu en trouver une preuve dans l&rsquo;institution du mariage temporaire, nomm\u00e9 \u00ab mariage de plaisir \u00bb : il lui permet au moins une plus libre disposition de son corps.<\/p>\n<p>Jean-Paul Roux<\/p>\n<p>Ancien directeur de recherche au CNRS Ancien professeur titulaire de la section d&rsquo;art islamique \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole du Louvre<\/p>\n<p>Mars 2001<\/p>\n<p>Copyright Clio 2021 &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une \u00e9tude du chiisme doit tenir compte de plusieurs faits : il n&rsquo;est pas sp\u00e9cifiquement iranien ; il a une longue histoire ; loin d&rsquo;\u00eatre unifi\u00e9, il se subdivise en maints rameaux ; tous les mouvements religieux ou toutes les sectes qui se r\u00e9clament de lui ou qu&rsquo;on lui attribue ne rel\u00e8vent pas de lui. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2698,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[294,18,40],"class_list":["post-2697","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","tag-bataille","tag-chiisme","tag-chiites","has-post-title","has-post-date","has-post-category","has-post-tag","has-post-comment","has-post-author",""],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2697","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2697"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2697\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2700,"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2697\/revisions\/2700"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2698"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2697"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2697"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/al-mostabserin.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2697"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}